Le mur qui sépare le jour de la nuit ne monte pas jusqu'au ciel ; c'est une palissade qui ceint un terrain vague où s'ébattent des corps. Seul l'enfant rieur l'escalade sans se retourner. Délaissant regrets et mélancolie, il tourne le dos au temps.
 
La cour est nue où l'amour consacra ses jeux.
 
Mais le temps ne renonce jamais. L'enfant, en un saut incompris, a refranchi l'obstacle dont il se jouait. Homme, il se sent perdu dans un corps trop grand pour lui. Sa liberté soudain s'est mise à flotter dans un costume de chair immense, prise au piège, captive. L'espace ouvert, confiant, gardé de l'improbable, s'est transformé en champ clos, en arène, où les corps, étrangers à eux-mêmes, se cherchent dans la confusion des gestes.
 
Dans le mouvement, un autre visage émerge. Un inconnu apparaît. Les corps enlacés, aimantés, désarticulés, livrés à leur seul désir, à leur seule souffrance, se débattent dans l'absence. Vies minuscules soumises à l'errance, blocs de sentiments à la dérive, continents inexplorés, banquises brûlantes. Désert du désir.
Chacun de mes pas est un appel à l'aimée, pense l'amant. Chacune de mes pensées est une prière à l'amant, songe l'aimée.
Chacun de mes regards est un gouffre où vous précipiter, murmure le temps.
Et, dans la nuit restituée, deux corps se frôlent sans s'accueillir.
L'oubli est un poignard pour l'âme, gémit l'un.
La mémoire est un poison pour le cœur, rumine l'autre.
Au fond du sac, la solitude.
Mais le temps cède aux blessures quand la blessure est profonde.
Trouée pour la présence, passage pour l'eau vive,
la blessure scelle la réconciliation.
Lumière haute traverse les écueils et les chimères
jusqu'au noir de la blessure
Epée blanche plantée jusqu'à la garde
dans la nuit de l'imposture
 
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JUAN MARTINEZ
 
 
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jayaiiiiiii

Oeuvre Jaya Suberg