Car elle m’a brûlé les yeux pour m’en offrir de plus grands,
Puis m’a inondé le cœur pour y glisser un océan,
A ouvert toutes mes fenêtres, pour que j’y sois courant d’air,
Et enfin m’a noyé dans l’ombre pour m’y découvrir la lumière…

J’ai appris,
J’ai grandi,
Pas encore vraiment compris…
Je l’écoute,
Goutte à goutte,
Dans l’espace qu’elle remplit…

Quand elle a froissé mes mots, pour m’y offrir le silence
Elle m’a aussi offert son rire, pour ravauder mon enfance
Et lorsqu’elle a gommé mes rimes, pour dénuder la confiance
Elle m’a surtout perdu le nord : je m’y suis inventé un sens…

Je l’apprends,
Je m’apprends
Dans ses éclairs de soleil…
Dans sa pluie,
Dans son lit,
Où ne dort pas le sommeil…

Le vent virgule ma tête en tourbillons délicieux,
Et la pluie cogne à ma porte, jusqu’à m’en sortir des yeux.
Son regard :
Mon départ,
En balancelle affolée,
Envolé…

Les mots crissent sous mes doigts en frôlements dangereux,
En galops de chevaux fous, désordonnés et heureux.
Son départ :
Mon hasard,
Retombé sur le gravier,
Écorché…

Quand elle a ri de moi-même, pour gommer les apparences
Elle a aussi tourné la tête, pour m’épargner l’indécence
Puis elle a coupé mes ponts, pour que j’apprenne à voler
Et enfin a souri si haut, que je l’ai enfin enjambé…

Sans un cri,
Sans sursis,
J’ai sauté par-dessus bord…
Parti à ma découverte
Dessus ses chemins ailés…
Sans oubli,
Sans soucis,
Sans même le moindre effort,
J’ai sauté de ma fenêtre
Dans ses yeux enluminés…

J’ai enfin crevé le ciel des barrières de mon regard,
Et terrassé, d’un seul rire, tous les dragons de mes armoires ;
Et quand j’ai appris à lire dans le vertige de mes yeux,
Ce fût pour m’y voir, amusé, bégayer mes jours heureux.

En marelle
Arc-en-ciel,
Y mélanger mes couleurs.
Vibrer d’elle
En plein ciel,
A en oublier mes peurs.

M’inventer éclaboussé
De rires en gouttes dorées,
M’embarquer déboussolé
En spirales ensoleillées
Et puis retrouver le fil de mon cœur en cerf-volant
Qui se tend, se cabre et danse sous ses caresses de vif-argent ;
Et puis retrouver le fil de l’écheveau de ses mains
Qui me tend, me cabre et lit le grain de peau de mes chemins.

Epuisé,
Désarmé,
Le cœur en vagues marines,
M’endormir,
En soupirs,
Dans l’eau de sa peau saline.

M’assoupir émerveillé,
Rêves doux et chaloupés,
Accoster à mes jetées,
En cris d’encre sur le papier.
Et puis accrocher mes mots sur le fil de nos départs,
Les laisser claquer au vent, à y fouetter ma mémoire ;
Et laisser glisser mes doigts sur les ciels de nos envies,
Les laisser tracer d’humide des chemins jamais finis…

Repartir en découvertes,
Les mains à jamais offertes ;
Laisser courir sous mes doigts
L’eau de mes sources de toi ;
Y plonger en un baiser
Ma bouche aux lèvres brûlées,
Asséchées…

Y boire des sentiers obscurs,
Aux ronces gorgées de mures ;
Y boire des prairies solaires,
Assommées par la lumière ;
Y boire le chant du silence,
Aiguisé par l’insolence
De ton absence…

Et puis me plonger entier,
Dans l’eau limpide et glacée,
Du torrent impétueux
Sous les galets de nos jeux ;
Laisser ma peau frissonner
Le long des routes embrasées
De tes baisers…

Et m’assoupir assouvi
Aux berges de nos envies,
Me réchauffer sur le sable,
Dans le soleil implacable
De nos deux corps mélangés
En respirations tressées,
Dévoilés…

Balançant
Dans le vent
De nos danses improvisées,
Doucement,
Calmement,
Apprendre à apprivoiser
Nos rencontres-montagnes russes et les vertiges de nos départs,
L’acéré de nos retrouvailles et le flou de nos au-revoir…

Accepter,
Fasciné,
Le bonheur qui en ruisselle,
Déposer,
De papier,
Des mots en battements d’ailes
Qui s’amoncellent et débordent en vagues souples et habitées,
Qui demandent asile à mes mains pour venir enfin se poser ;
Des mots de pierres à sertir,
Des mots de source à venir,
Mots d’argent à ciseler,
Mots de lune à décrocher…

Pas à pas,
Je reçois
Sa lumière et je souris…
Goutte à goutte,
Je l’écoute
Dans l’espace qu’elle remplit,
Infini…

 

.



© JEAN-LUC MOULIN

 

 

.

 

JEAN-LUC2