...Elle rêvait beaucoup, alors. Elle multipliait les rêves comme si la vie, menaçante par son terme, avait besoin d’être doublée, prolongée par l’illusion du songe.
Son inconscient créait des lieux infinis. Elle passait de l’un à l’autre avec aisance, traversait le temps, les âges, les contrées sans s’étonner. Elle nouait le presque réel à l’absurde sans se réveiller. Il lui arrivait d’en rire dans son sommeil, d’en sourire encore se réveillant.

Souvent, elle transportait dans ses rêves des faits recueillis le jour. Elle y déposait aussi ses fougues, ses ardeurs, ses passions, ses folies. Elle traversait la brume, débarquait dans des lieux qu’elle croyait toujours reconnaître. Elle écoutait le chuchotis des voix familières, rencontrait le regard des absents, pénétrait leur corps et même leurs pensées. Elle croyait tout reconnaître, les arbres par le remuement de leurs feuilles, les sources par leur fraîcheur, le fleuve par son appel sourd, inaudible pour celui qui ne veille pas…
Elle se sentait embarrassée, encombrée. Lorsqu’elle regardait ses mains, elles étaient vides. Tendues, offertes ou tendrement nouées autour du corps d’un enfant. Or, elle percevait autour de son propre corps l’enserrement des mains nouées...

 

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Oeuvre Jibou

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