Nous ne pouvons savoir ! — Nous sommes accablés
D’un manteau d’ignorance et d’étroites chimères !
Singes d’hommes tombés de la vulve des mères,
Notre pâle raison nous cache l’infini !
Rimbaud, Soleil et Chair, mai 1870



Si dans le transvisible, on entre par une porte, — on y entre par effraction. J’en appelle aux perspicaces, aux clairvoyants, à ceux qui ont l’œil qui s’ouvre, comme il se ferme, de l’intérieur. Au seuil de l’invisible, là, où les fleurs s’entrouvrent et embaument l’espace. — Je vois les yeux d’un homme barbu de noir vêtu.

Dans ce monde de l’ouvert, la nuit brûle d’étoiles insensées, un paon passe au crépuscule, fait la roue, criaille et disparaît ; on entend de loin feuler un tigre, la nuit est mouvante et frémissante à souhait. Dans ce monde de l’impensé, — les résistances de la raison craquent. — Si l’on s’arrête on tombe. On avance donc.

La langue-ours tourne en son palais mouillé, — un chuchotis remonte du fond vers la surface. Un remugle saumâtre dans l’air est balayé. L’homme vu de dos embrasse une femme. — Elle étreint ses reins de ses belles jambes blanches. Elle n’est plus que lèvres. Et elle n’est plus que fruit. — Et tout lui échappe.

 

Si la vision est un pont, l’autre côté demeure dans le brouillard. Je vois le soleil d’or, celui de la nostalgie, au travers des longs cheveux d’une jeune et jolie rousse, entre des arbres toujours en mouvement, — se balançant. Je ne comprends pas ses mots qui me lacèrent pourtant. — Ses yeux sont pleins de larmes.

 

Par trois fois, le coq vient de chanter. La nuit vole, bris de verre dans les flaques. Or, un ange noir marche pieds nus sur l’herbe, un kamantcha à la main, suivi par deux enfants habillés de blanc. — Sa bouche ouverte pousse un long cri que nul n’entend.

 

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SERGE VENTURINI

 

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ROUSSE