Nus de ce que nous sommes, nus de nos vides à tarir, nus de nos prières à découdre l’amertume de nos sacrifices et de nos renoncements. Nos merveilles sont dans l’exploit de nos rêves. Dans la grandeur et la magnificence de l’illusion qui bataille nos réels foudroyés d’abstinences. 

La nudité c’est la rencontre. C’est le lieu privilégié où se recoud le monde. C’est la gloire des profondeurs au service des ailes d’anges. Il n’y a qu’ici, que nous pouvons caresser l’idée de la réconciliation. Il n’y a qu’ici, que nous savons être en dehors de nous-mêmes. Il n’y a qu’ici que la résonance de l’écho peut infiltrer nos ventres, nos cœurs et nos âmes.

Nous ne sommes que cela. Ici et nus.

Présent au monde, le réel n’est-il donc plus que cette pensée subjective qui le façonne ?

Il n’y a de lien avec la réalité que les sens patronnés par la conscience. Mon réel est mon monde. Mon monde est ma vie. Ma vie est cette esbroufe de sens que je lui concède. Tout est fantôme et pantomime. Mon esprit devient alors le poème originel dans lequel le monde raconte mon être. Avant de survivre au monde, je me surviens.

Tout ce qui ne m’a pas suivi est en train de périr. Tous les lambeaux d’horizons croisés et non choisis s’évanouissent d’un oubli blanc, là où mes tanières n’ont pas d’accès. Voisine de l’aphorisme des dieux, une croix tissée d’amalgames célestes pèse le fardeau des ombres renouvelables. Elle est le témoignage silencieux d’un croisement, d’une rencontre et d’une perte. Nombreux sont ceux qui l’érigent en plein cœur de la tempête. Partout, où je descends l’escalier du jour, des pierres tombent de la nuit. Dans leur finitude, chaque aboutissement devient une ouverture, un lieu où l’implicite se margotte avec l’explicite. Mon existence aux pieds de chaque ruine demeure désemparée par toutes les conjurations ontologiques criant leur famine. Quelque part, la mécanique du destin croise les doigts aux supputations de l’imaginaire.

Je me suis déjà bercé mille fois de mes grappes sensibles, de mes bouquets de tendresse fragile et de mes étourdissements d’amour. J’aime signifier à l’absence les frontières que j’occupe. Mon hoquet transporte le goût profond des résiliences. De fait, la vie m’habille de ces maillons graveleux pour tisser l’improbable. Sa constance dérisoire ébauche la traduction de mes limons tumultueux. Je suis là où rien ne saurait exister sans mon consentement. Il pleut du temps et je trempe dans l’auge de la durée incommensurable. Je signe l’heure dans laquelle je baigne.

 

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BRUNO ODILE

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martine cros2

Oeuvre Martine Cros

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