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Soyez le corps où s'enracine ma sève aux réminiscences salines !

Les vagues ont appris à mes sens les balancements languides de

l'attente.

Laissez aux hommes de terre la droiture immobile des lits désenchantés !

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Couchez dans les hamacs de mes rêves atlantes

Vos forces enrichies aux vents et aux cyclones

Que je les berce de ma voix de brume tiède.

Laissez glisser sur vos peaux nues mordues de sel amer

L'ondée des matins clairs qui perle à mes lèvres fécondes!

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Venez marins, oh oui venez ! Prenez la main que je vous tends !

Buvez l'immémoriale poésie dans les hanaps de nacre translucides.

Buvez l'immensité sans frein de l'océan qui peuple ma folie

Et dans la démesure que je vous offre, prenez la mer et sa puissance !

Vous serez forts et invaincus quand les flots couvriront de leurs draps

bleus

Nos corps enlacés dans l'élan de la soif et du désir.

En nous naîtra le rythme d'un intarissable ressac

Et les masses grondantes des eaux immenses se prosterneront à vos

pieds.

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Prenez la mer ! Prenez le corps parfumé d'iode que je vous offre !

Soyez le seigneur à la nage puissante que nul orage ne défie !

Riez aux amarres timides et dites à vos gabiers qu'ils se déploient aux

vents !

Etirez sans finir le baiser qui éteint mon chant

Et le livre tout entier à votre souffle avide des beautés outremer.

Laissez l'étreinte de vos espoirs mêler sa force à mon appel,

Que nos rêves se croisent et s'entremêlent, que nos voix s'initient.

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Sentez comme l'océan en vous peut se dissoudre

Et de ses innombrables sels irriguer vos corps abandonnés.

Soyez, par ce don sans retour, les héros de mes rêves en devenir !

L'amour surgi en vous dans la nuit mugissante éclairée de mes stances

A expulsé toute peur, toute retenue et vous êtes désormais là,

Offerts en pleine liberté à mon désir violent et absolu.

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Venez à moi, marins ! Que ma chevelure irisée d'écume enlace vos

visages !

Que l'attouchement de mes insaisissables mains caresse vos dos

puissants

Et vous glissez à moi ravis, aimants, sur des tapis d'algues frangées.

Aimons-nous sous l'arche de lumière aux mille reflets,

Sous les grappes épaisses et blanches qui retombent en gerbes

assourdissantes

Des cimes éphémères lancées au ciel par de furieuses marées.

Délivrons l'épaisse falaise du chant de mes souffrances

Et nageons à n'en plus pouvoir dans les flux éternels vers des lagons

limpides

Où nous coucherons à jamais dans les replis immuables

De l'or désincarné des sables dormants offerts à la lumière du temps

 

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LEILA  ZHOUR

 

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LEILA