Adieu tous mes amis vivants !
Il n’est pas de minute qui m’aspire,
Loin de vous.

Celui que vous avez connu au temps de l’amour
Se défait
Comme la vague meurt au rivage désert.

Aussi longtemps que plonge le regard
Dans l’espace indolore,
Aussi loin qu’il s’élance sur les dunes de sable,
Il ne voit que la nuit dans un jour qui s’éteint :

La nuit, la Mort en chacun instant donnée
Et la vie toute pareille.

Celui que vous avez aimé aux jours vermeils,
Quand le soleil dansait sur les plages,
Celui-là même qui vous offrait son âme
En un grand geste d’amour,
S’effrite, chaux diluée, aux temps inexorable.
Adieu, vous tous, enfants de mon âme violente !
Je sais trop, aujourd’hui, que vous n’existiez pas.

Mirages et tourbillons célestes au creux de mes entrailles,
Vous fûtes un seul jour de gloire,
Rayonnantes écailles !
Tombées,
Dissoutes, quand l’air cessa d’abreuver les chimères
Qui fondirent ;
Neiges splendides
Réduites à la boue uniforme de l’absence.


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JEAN AMROUCHE

 

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Absence