C’est par l’incision du rêve que l’on échappe à la morsure des dogmes. Si demain encore nos paupières se souviennent de l’embrassure de nos émotions profondes et de nos crachats impurs, c’est que l’infini se courbe pour nous encercler. Je conserve en moi, pour seule assertion véritable, l’éloge friable de la construction de nos châteaux de cartes. Réalité défigurée contre vérité empirique, l’heure s’épuise. Les pierres manifestent leur appartenance aux rochers et la résistance prend le pas sur l’accomplissement. Il faudrait faire rouler les galets jusqu’aux roubines bordant les plaines. S’inonder. Se laisser envahir comme un ruisseau à la fonte des neiges. Pour sûr, le jour où mon ignorance et mes incertitudes seront dissipées, j’aurai l’âge de mes silences. Saccager les rêves, c’est les tarir à la source. C’est ajuster la réalité aux chaînes de son emprise. 

 

J’avance pas-à-pas, juste après la flexion de la mémoire du vertige. Je suis le nomade sans reflet dans le miroir, transporté par la lumière et exclu par la brièveté de sa course. Dans l’ulcère du temps l’illusion a la lourde tâche d’inventer le réel. La beauté indéfinie traîne comme une gueuse misérable que les yeux ne peuvent toucher, que la parole désordonnée traverse comme un lieu sans âme.  

 

Je m’étouffe de l’opulence rejetée, des nourritures abandonnées sur les trottoirs, des malentendus qui poussent les hommes à défendre leur confort au détriment de leur vérité. Je viens d’une clarté sans nom que le noir bouscule et qui s’use aux frottements des jours d’injustice.

 

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BRUNO ODILE

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gitane