Dresse-toi devant moi, mon fils, pour que je me souvienne de ta taille
    Je veux aller trouver ma famille
    Un cercle de mains caressantes,
    De douces mains humaines
    Où l’oubli soit enclos.
    Je veux aller trouver ma vraie famille humaine
    Sous les branches bombées de l’olivier bruni
    Et les pentes à nu de ces collines bleues
    Le désespoir dormait.
    Et le ciel inclément sur ces masses perdues à jamais
    Dans la mort impalpable et splendide,
    Versait sa fraîcheur bleue
    La vie légère s’envolait des fleurs violettes des pêchers
    Et dans le fond des ravins bleus
    Chantait l’eau de la Miséricorde
    Je veux trouver les anges de mes frères,
    Dans le pays muet que renferme mon cœur.
    Âmes, ô âmes des morts !
    Sous le schiste trié
    Les olives pleuraient sur vos os oubliés,
    Mais l’huile ensoleillée ne pourra plus jamais,
    Pourtant, jamais,
    Redonner la jeunesse à vos membres séchés.
    Coulez-vous dans le ciel,
    A l’heure où l’épervier,
    Autour des gouffres bleus
    Enroule son envol silencieux.
    Est-ce vous, ô voyageurs de l’éternelle angoisse,
    Qui traversez la foule des étoiles innombrables,
    Dans le ciel noir où mon étoile, un jour, me fera signe ?
    Mais, sa place,
    Celle de votre enfant, malgré vous, malgré lui
    Prisonnier de ces os rendu au schiste sec,
    Mais, ma place,
    Celle de votre fils aux membres ligotés
    Où, où est-elle ?
    Je voudrais reposer dans ma famille humaine,
    celle qui fut livrée à une sombre haine
    Mais qu’un dieu délivrera sur mon Mont d’oliviers
    Pareil aux troncs noueux des arbres de chez nous
    Ces sépulcres offerts au soleil dévorant,
    Ces femmes ravinées dont les mains sont tendues
    Aujourd’hui, aujourd’hui, j’abandonne ce lieu
    où j’ai cru si longtemps que mes pieds poseraient
    Pour jamais, avinées dont les mains sont tendues
    Non vers ce ciel trop pur,
    mais vers les mains fermées des enfants en allés
    Vers le pays de l’or et du travail facile.
    J’appareille aujourd’hui vers une autre colline,
    Un pays jamais vu par des regards humains,
    Sous un arbre aux bras longs comme un regard de mère...

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JEAN AMROUCHE

 

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Oeuvre Odilon Redon