Il y a des enfants qui ne seront jamais des enfants
Des enfants misères, des enfants couleurs
Des enfants qui parlent de justice et qui n’ont pas dix ans
Le poing fermé, la fleur aux dents.

Il y a des enfants qui ne seront jamais des enfants
Des enfants qui n’ont rien vu au-delà du coin de leur rue
Mais qui en savent déjà trop long
Ils ont regardé le monde dans ses poubelles
Et ils ont décidé qu’il n’y avait pas d’autre solution
Que d’utiliser le système et ses idées télévision
Des idées à mordre comme les autres dans la consommation
Et d’exploiter comme l’exploitant
Et de devenir très vite grands, grands et méchants.

Il y a des enfants qui ne seront jamais des enfants
Des enfants qui n’ont plus d’espoir, des enfants idées-noires
La peau peinte dans la même teinte qui voudraient bien la rosir
Pour peut-être s’en sortir.

Il y a des enfants de la guerre, des enfants-fusils, des enfants-bâtons
Des enfants mains-nues
A tous les jeux de société, ils seront toujours
Les voleurs courant à la recherche
d’un morceau de leur cœur.

Il y a des enfants qui ne seront jamais des enfants.
Des enfants maigres qui feront le travail des hommes
Qui feront les saloperies des hommes
Au-dessus de leur force, au dessus de leur raison.

Il y a des enfants qui ne seront jamais des enfants
Des enfants qui vivent en camp
Des enfants qui vivent en cage, des enfants torturés
Il y a des enfants qui n’ont que la peau sur les os, la peau et les os
Et par dessus leur petit squelette de vieillard
Des yeux qui mangent leur visage et nous regardent dans nos journaux.

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ALBERT BUDO

 

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Gio McCluskey,

Photographie Gio Mckluskey