Nous disons beaucoup de choses à présent,
Du coucher du soleil sur la terre menue.
Sur le mur pleure Hiroshima…
Une nuit s’en va, et dans le plein midi,
Nous n’emportons de notre monde
Que la forme du trépas.

… Pour tes yeux, d’autres temps,
Pour mon corps, une autre histoire,
Et dans le rêve nous réclamons le jasmin.
Lorsque le monde nous dispersa, il y a quelques années de cela,
Les murs étaient rétifs à l’entendement.
Les cachets d’aspirine
Ramenaient la fenêtre, les oliviers et les rêves à leurs propriétaires.
Et la tendresse
Etait un jeu qui te détournait de l’intelligence des années.

… Nous disons beaucoup de choses à présent,
Du blé fané dans la terre menue.
Sur le mur pleure Hiroshima…
Lame luisante comme la justice, et dans le plein midi,
Nous n’emportons de notre monde
Que la couleur du trépas.

Dans le feu du premier baiser,
La tristesse se dissout
Et la mort chante.
Je ne suis pas triste maintenant,
Et je chante.
Est-il un corps qui ne soit voix, à présent,
Une tristesse,
Qui ne presse l’univers
Contre la poitrine du chanteur ?

… Nous disons beaucoup de choses à présent,
De la souffrance de l’herbe dans la terre menue.
Sur le mur pleure Hiroshima…
Baiser voué à l’oubli, et dans le plein midi,
Nous n’emportons de notre monde

Que le goût du trépas.

 

Mille fleuves déferlent à présent.

Au café,

Les puissants jouent au tric-trac.

La chair des martyrs

Disparaît dans la tourbe, parfois,

Et meuble les heures des poètes, d’autre fois.

Et moi, ô ma femme, je tète à ton silence

Nocturne… le lait de la fierté !

… Nous disons beaucoup de choses à présent,

De la couleur disparue dans la terre menue.

Sur le mur pleure Hiroshima…

Une enfant est morte. Et dans le plein midi,

Nous n’emportons de notre monde

Que le goût du trépas.

 

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MAHMOUD DARWICH

 

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