à Mon­sieur François Hollande

Palais de l’Elysée

55 rue du Fau­bourg St Honoré

75008 PARIS

Clermont-​​Ferrand, le 9 juillet 2014

Monsieur le Président de la République,

Au pré­texte de l’assassinat de trois jeunes colons, assas­sinat que nous condamnons, Ben­jamin Neta­nyahou s’est lancé dans une opé­ration de punition col­lective à grande échelle contre les Pales­ti­niens, tués, blessés, expulsés et empri­sonnés en nombre, genre dans lequel l’armée israé­lienne excelle depuis longtemps.

Ces évè­ne­ments ont aussi entraîné des mani­fes­ta­tions extré­mistes et racistes à Jéru­salem et ailleurs, notamment à Saint Jean d’Acre. Un jeune Pales­tinien a été assassiné de façon hor­rible pendant ces débor­de­ments haineux et violents.

Ceci est le résultat de la lâcheté poli­tique des acteurs inter­na­tionaux, dont la France.

Nous repro­duisons ci-​​dessous des extraits d’un dis­cours pro­noncé le 20 novembre 2002 au meeting de la Mutualité pour la sus­pension de l’accord d’Association Union Européenne-​​Israël :

« Les Pales­ti­niens vivent cette situation qui est révol­tante avec, notamment, la des­truction volon­taire de l’autorité pales­ti­nienne, la répression ter­rible et son cortège de morts, l’occupation et la des­truction des villes, des vil­lages, des maisons, la pour­suite de la colo­ni­sation qui viole le droit inter­na­tional et qui effec­ti­vement ne s’est jamais arrêtée, le chômage, la misère sociale et sani­taire que vivent les Pales­ti­niens. On veut détruire les infra­struc­tures, la mémoire, le futur de ce peuple. Cela est inac­cep­table et nécessite la mobi­li­sation de toute la com­mu­nauté internationale.

Quelle farouche volonté, quel symbole de s’en sortir paci­fi­quement pour le peuple pales­tinien dans sa grande majorité.

Alors oui, la cause de la Palestine est la cause du droit, de la justice, du droit des Pales­ti­niens à dis­poser d’un Etat et à vivre en paix.

Il faut qu’Israël res­pecte les réso­lu­tions de l’ONU. Pour cela le rapport des forces est indis­pen­sable et donc il faut amener les par­le­ments et les gou­ver­ne­ments à sus­pendre l’accord d’Association Union Européenne-​​Israël, ce qui aurait effec­ti­vement un écho énorme en Israël et en Palestine.

Oui, chers amis, nous devons faire la démons­tration de notre volonté inébran­lable pour que le peuple pales­tinien, à travers notre mobi­li­sation, retrouve le chemin de l’histoire. »

Ce dis­cours, auquel on ne peut que sous­crire, a été pro­noncé par mon­sieur Manuel VALLS, actuel Premier ministre.

Mal­heu­reu­sement, douze ans se sont écoulés et, amère constat, la situation n’a fait qu’empirer pour le peuple palestinien :

- la bande de Gaza mise sous un blocus inhumain depuis 2006 et qui a subi les ter­ribles agres­sions de l’armée israé­lienne en 2008-​​2009 et en 2012, avec en plus des raids presque quo­ti­diens tou­chant les civils, femmes, enfants et vieillards ;

- des mil­liers de pri­son­niers poli­tiques, dont des élus, dans les geôles d’Israël et des cen­taines en détention admi­nis­trative, c’est-à-dire sans incul­pation ni jugement, cela au mépris des conven­tions internationales ;

- la construction de colonies en Cis­jor­danie a aug­menté de 123% en 2013 par rapport à 2012. Pendant les neuf mois du cycle de négo­cia­tions sous la hou­lette de Washington, Israël a approuvé la construction de 13 851 nou­veaux loge­ments dans les ter­ri­toires pales­ti­niens occupés, ce qui traduit une accé­lé­ration « sans pré­cédent », selon les chiffres de l’ONG israé­lienne Shalom Archav (« La Paix maintenant ») ;

- des destructions de maisons par centaines ;

- l’arrachage d’oliviers et autres arbres fruitiers par milliers ;

- des réfugiés par mil­lions (5 à 6 mil­lions, soit plus de la moitié des Pales­ti­niens sont réfugiés), et cer­tains, comme en Syrie actuel­lement, mou­rants de faim et condamnés à un nouvel exil ;

- les Pales­ti­niens d’Israël (1.5 mil­lions, soit environ 20 % de la popu­lation de cet Etat) tou­jours vic­times de nom­breuses dis­cri­mi­na­tions par rapport aux autres Israéliens.

La liste est loin d’être exhaustive.

Des dizaines de rap­ports émanant de diplo­mates, de par­le­men­taires, de chargés de mis­sions de l’ONU, de diverses ONG faisant état de la situation sont envoyés depuis des années dans les chancelleries.

Par ailleurs, vous savez très bien Mon­sieur le Pré­sident que les soi-​​disant négo­cia­tions du pro­cessus de paix font le jeu d’Israël qui pendant ce temps poursuit l’annexion des Ter­ri­toires pales­ti­niens occupés et conduit inexo­ra­blement à empêcher la construction d’un Etat Pales­tinien viable et souverain.

Le 20 décembre 2012, vous avez dénoncé à Alger le système colonial « pro­fon­dément injuste et brutal » ; le 15 octobre 2013 à Soweto en Afrique du Sud à propos de l’Apartheid vous avez déclaré « c’est émouvant de venir ici, à Soweto,Soweto où, il y a qua­rante ans, les gens mour­raient pour leur liberté, pour leur dignité ».

Système colonial, apar­theid, qua­li­fient aussi la poli­tique des gou­ver­ne­ments israé­liens depuis bientôt 70 ans. Chaque jour les Pales­ti­niens sont vic­times de ces sys­tèmes et meurent pour leur liberté et leur dignité.

Il ne peut pas y avoir d’arrangement avec un gou­ver­nement qui dénie les droits de tout un peuple et, pire encore, se livre régu­liè­rement à des crimes de guerre.

Il n’y a aucune excuse à la poli­tique israé­lienne, il n’y a aucune excuse à votre poli­tique qui se refuse à mettre en place des sanc­tions effi­caces pour contraindre cet Etat au respect du droit.

Nous reprenons la phrase de Manuel Valls : « nous devons faire la démons­tration de notre volonté inébran­lable pour que le peuple pales­tinien, à travers notre mobi­li­sation, retrouve le chemin de l’histoire. » C’est ce que nous attendons de vous, Mon­sieur le Président.

Les évé­ne­ments de ces der­nières semaines montrent toute l’urgence qu’il y a à agir avant qu’il ne soit trop tard pour le peuple pales­tinien mais aussi pour le peuple israélien.

En conclusion, les orga­ni­sa­tions du Puy-​​de-​​Dôme signa­taires de cette lettre ouverte font leur la phrase d’un agri­culteur pales­tinien com­mentant les évè­ne­ments récents : « Les Israé­liens ont tort de croire qu’en nous opprimant ils deviennent libres : un peuple qui opprime un autre peuple ne peut pas être libre ! ».

Nous adressons une copie de cette lettre ouverte à Mon­sieur le Préfet, aux ministres et secré­taire d’Etat M Valls, L Fabius et H Désir, et aux député(e)s et sénateur(e)s du Puy-​​de-​​Dôme.

Le col­lectif Palestine du Puy-​​de-​​Dôme : Asso­ciation Amitié Franco-​​Tunisienne Auvergne, Asso­ciation Des Elus Com­mu­nistes et Répu­bli­cains 63, Asso­ciation France Palestine Soli­darité 63, ATTAC 63, Brut de Béton Pro­duction, Confé­dé­ration Générale du Travail-​​UD 63,Espaces Marx 63, Europe Eco­logie Les Verts 63, Fédé­ration Syn­dicale Uni­taire 63, Gauche Anticapitaliste-​​Ensemble 63, Jeunes Com­mu­nistes de France 63, Ligue des Droits de l’Homme Clermont-Riom,Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitiés entre les Peuples 63, Nouveau Parti Anti­ca­pi­ta­liste 63, Parti Com­mu­niste Français-​​Fédération 63, Parti de Gauche 63, Réseau Edu­cation Sans Fron­tières 63, Solidarité-​​Tchétchénie 63, Union des Etu­diants Com­mu­nistes 63, UNEF Auvergne, UTOPIA 63

 

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Sophy-Rotbard

Photographie Sophy Rotbard