Décharnées les crêtes hérissées de la terre ossue et montueuse et pourtant
De part et d'autre trois mers les parent de leurs  douces voiles de brumes
Elles retiennent le souffle des vents, la marée des nuages en volutes
Et la lumière altière inlassablement recompose le jour, borde la nuit.

 
Je livre mon âme à l'errance, à l'esseulement de la roche lisse et nue ;
Là-haut la terre criblée de la lune et ses lointains de planète morte !
L'aurore et le soleil couchant jouent avec les créatures fantasques
D'un imaginaire qui n'aurait d'autre compagne que la solitude des pas.

 
L'automne parsème çà et là ses baies et ses ors... Les passereaux butinent
La source chuinte la brise chantonne la prairie étincelle sous la rosée
Vers les bois mordorés les arbres flamboyants et vénérables versent
Sur la vallée l'ombre de la légende tutélaire des puissants torrents .


Ainsi le choeur de la montagne de blocs en chaos assène en silence
L'hymne de l'univers ... la distance garde jalousement le trésor des heures
passées entre vallons et combes, en sautant d'une barrière rocheuse à l'autre
Quand un long moment la raison hésite et doute au seuil du vide minéral
Que déchire le cri stridulant du milan ou du faucon.

La montagne se révèle.
Que se lève le brouillard que gronde l'orage et c'est le dédale labyrinthique
Sans appel auquel l'homme est convié dans toute l' infinité de l'être
Où il se réfugie sans raison vers la foi qui l'eût préservé ou absout
De toute témérité et de vaine allégeance à l'expérience, à la science...


J'allais le pas jeune et novice sur les traces de mon passé, d'une histoire
Que les transhumances auraient gravés entre les troncs des hautes futaies
Et les vieux murs de pierres sèches dessinant l'échiquier où luttes ancestrales
Et destinées se seront partagées les privautés de l'estive et des étoiles.


Il n'est qu'un chant là-haut, un peu plus près du ciel que la brise susurre
Comme la source et le ruisseau participent de la sérénité généreuse du laquet .
Une demoiselle, une belette, le papillon sur l'aconit, la profonde pozzine
Et ses secrets et c'est toute la terre curieuse qui s'émerveille et sourit
Aux étoiles, depuis la mer.

Aux horizons perpétuels des vérités cachées
Les joyaux des plus simples choses à goûter comme l'attente sapide du désir.
Et de béer tel l'enfant au bord du monde, au seuil d'un comte, de Révélation
Peut-être, si près de Frère Soleil et de ses ineffables cantiques.


Alors je me recueille et ne comprends pas ce que mes yeux embrassent
Las  tout près  la mémoire tranchée  l'acte odieux   la Terre noire martyrisée
L'Être sauvagement passé par les armes blanches de toutes les barbaries
L'Homme épris de beauté et de liberté livré à l'indifférence insoutenable
Des justes et de leurs bourreaux inexorablement intronisés et patentés

Une pensée de Là-Haut à Hervé Gourdel, au Montagnard qu'il fut
Aux Innocents, une pensée pour le choeur  orphelin de la montagne 
Vers les confins d'une Île qu'ils auraient tant aimé parcourir et découvrir
Un peu plus près du Ciel  de la Terre des Hommes que le même soleil réchauffe

 

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CRISTIAN-GEORGES CAMPAGNAC

 

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gourdel

Hervé Gourdel lâchement assassiné en Algérie le 24 Septembre 2014