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Mais le lieu où l’on se rassemblait  par beau temps était à l’ombre des trois faux poivriers. Le dimanche, dès l’aube, à la lueur d’un fanal, on y plumait les poulets ou écaillait les poissons. On y pelait les ignames, les taros, les patates, les morceaux. On y effeuillait les tiges de salades, brèdes, gluants, citrouille, choux de Chine et chouchoutes. On jetait plus bas les pelures, les coquilles, les restes, les saletés et autres boites de conserve vides, dans un trou creusé par les garçons, à l’abri des regards.

Au lever du jour, d’aucuns rapportaient du champ les jeunes feuilles de bananier et les lianes pour préparer le bougna. Ils les passaient à la flamme pour les assouplir pendant que d’autres mettaient le feu au tas de  bois  disposé sur les pierres pour les chauffer. Les femmes choisissaient trois feuilles de bananier assouplies et les posaient sur les lianes avant de piquer et de séparer les morceaux d’ignames, de taros, de patates et de citrouille pour les disposer en rond sur la plus jeune feuille de bananier, avec le poulet, le poisson ou la roussette au milieu . Elles y ajoutaient les brins d’échalotes coupées et le sel, avant le passage des garçons avec le seau de lait de coco (…) Chacun vérifiait encore et encore si la jeune feuille de bananier, la plus souple et la plus malléable, n’avait vraiment pas la moindre fissure qui aurait pu laisser s’écouler le précieux lait de coco (…). Ce qui permettait parfois à Eva de suggérer en riant aux jeunes gens présents que la feuille était la vierge qui ne donnera le meilleur de son lait qu’après la nuit chaude du four. C’est pourquoi il leur revenait de bien préparer sa couche en répartissant et en écartant le bois incandescent qui risque de calciner entièrement les feuilles.

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DEWE GORODEY

 

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art kanak

Art Kanak

Artiste ?