Ô grand songe vous traversez
dans votre régate nocturne
l'écume & la rumeur
du tumulte des hommes


vous glissez entre les étoiles
sur le soyeux tissu de l'ombre
unique intense égal effort

Énergie d'un peuple d'ailes
royaume est votre mouvement
un léger royaume invisible
dans sa rythmique souveraine
son innocente trajectoire
oh si docile  la lumière
à sa douce légalité

oiseaux de mer dans le sillage
- mouettes qu'on prendrait pour l'âme
du lieu qui garde nos soleils -
vous essayez de nous rejoindre
texte ou destin lisible encore
derrière un écran de cristal
sur un vaste fleuve invisible

oiseaux de sable devant le sable
de ce vieux ciel indifférent
cherchant parmi ses gris celui
que pourrait porter notre peine

Mais votre nom de vous s'envole
ô fantômes de l'entre-deux
dans l'entrelacs de signes flous
éraflé parfois par l'éclat
d'une aile qui brise le cercle

A qui d'autre que vous confier
messagers que le vent efface
la colombe du premier jour
le livre sauvé du Déluge
la montre dont le cœur se tait
cette bleue cravate-hirondelle
qui fit s'extasier les dimanches
le léger bagage vital
de l'enfant quittant son enfance

& l'oiseau de l'Infante
en son festin de fleurs?

.

 

RAYMOND FARINA

 

.

 

ALCHIMIE II ,,

Photographie C. Ortoli