« Je chantais au fond de moi, je battais des rythmes avec mes orteils et les muscles de mes mâchoires. La tache voletante, l'aile de musique, le fragment mélodique et nocturne qui m'échappait, peu à peu le mot, plus urgent, les a supplantés. Le dessin musical et la phrase naissent du même couple évasif et immortel : la note, le rythme. Écrire, au lieu de composer, c'est connaître la même recherche, mais avec une transe moins illuminée, et une récompense plus petite. Si j'avais composé au lieu d'écrire, j'aurais pris en dédain ce que je fais depuis quarante ans. Car le mot est rebattu, et l'arabesque de musique éternellement vierge... consentir, comme je le fis enfin, à ce que chaque orage de musique - de musique aimée - fut une défaite heureuse, fermer les paupières sur deux larmes faciles et imminentes, je ne comptai pas, d'abord, ce desserrement comme un progrès. »

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COLETTE

 

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thami,

Photographie Thami Benkirane