"Toujours il récitait de la poésie". Des poémes entiers qu'il apprenait par coeur ou bien qu'il me lisait et je l'imaginais en train de les réecrire, pour moi seule. La poésie était-elle une des clés de mon corps? La poésie était entre nous. Il m'aimait avec les vers des autres. Lorsqu'il partait en voyage, il me téléphonait pour me donner le nom d'un recueil ou d'un poéme. Je cherchais le poète, je lisais je me rendais compte qu'il était pour moi. Pessoa, Cavafy, Char, Michaux et d'autres que je ne connaissais pas. Je suis devenue comme lui. J'apprenais les poèmes arabes que j'aimais, je les répétais pour lui seul. La poésie était-elle toujours entre nous? Avec lui, j'ai repris l'écriture de mes petits poèmes, rite initial de chacunes de nos rencontres. Il s'enquérait de mes mots. En silence je lui tendais le poème. Il lisait comme s'il partait à la découverte de ma face obscure, masquée pa ma frivolité et mes éclats de rire. Il découvrait ce que je n'osais pas m'avouer à moi même. En silence il pliait le papier avec soin et le glissait dans sa poche.
Mon corps était-il l'une des clés de la poésie?"

 

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SALWA AL NEIMI

 

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Oeuvre Charles Auguste Mangin