Tombe le boubou. Au coup sec de la syncope
Fuse le buste transparent sous la chasuble noire, striquée d’or vert consonant au cimier
Dont la jupe est ouverte sur les flancs, sur les jambes vivantes.
C’est le deuxième mouvement
Qui germe dans le sol quand battent les plantes des pieds
Secoue les hanches, et c’est la montagne volcan qui tangue, cambre les lombes
Pour exploser, la gorge éclose, dans l’éclat serein du Printemps, le parfum sombre du gongo, la terre de la chair.
Puis sous le ciel délié diaphane, s’ouvrit le mouvement des pollens d’or.
Ce sont deux danses parallèles, regardant respirant l’haleine de la brise.
Mais pivotant avançant l’un vers l’autre, l’onde tremblante nous saisit
Nous poussa l’un vers l’autre : toi ondulant
Les bras les mains, comme une corbeille de fleurs signant l’offrande, et moi
Autour de toi, la tornade de sable ardent en saison sèche, le feu de brousse.
Brusquement, d’un coup de reins je fus jeté loin
T’abandonnant, bien malgré moi, à ton attente vide.
Et tu courus à moi dans une trémulsion de la nuque à tes talons roses
Descendant bas si bas, sur tes genoux à mes genoux
Chantant le chant qui m’ébranle à la racine de l’être :
« Dis-moi dis-moi mon Sage mon Poète, ô dis-moi les paroles d’or
Qui font poids et miracle dans mon sein.
Que ton rythme et la mélodie en disposent les sphères dans le charme du nombre d’or ! »
Retourné soudain, je t’atteins en coup de vent, et nous fûmes debout, et face à face
Comme lune et soleil, mains dans les mains, front contre front, nos souffles cadencés.
De nouveau tes genoux fléchis au bout des longues jambes et galbées
Nerveuses sous l’ondoiement des épaules, oh ! le roulis rythmé des reins
Je dis les labours profonds du ventre de sable.
Je me souviens de mon élan à ton appel, jusqu’à l’extase
Des visages de lumière, quand tu reçus, angle ouvert cuisses mélodieuses
Le chant des pollens d’or dans la joie de notre mort-renaissance.

 

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LEOPOLD SEDAR SENGHOR

 

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CHRISTAN CAROLINA