La poésie doit dire quelque chose.
Dire quoi ?
Le malheur cueilli par Dieu dès l’enfance ?
Le voile blanc d’une aube désertant la mémoire ?
Une silhouette rivale et une ombre muette ?
L’expérience de la compassion, autre énigme de la bonté ?
Que me veut la poésie ? Me racheter ?
Rencontrer Dieu chez mes ennemis

Paradoxe…Dieu est l’ennemi.
Absent, laid, haineux,
Dieu est la foudre de l’âme
Il la traverse de haut en bas comme les longs arbres
Dont les racines s’immergent dans les marais
Dans la voix du poème,
Le vers sortent incandescents de la tourbe
Lueurs humiliées de la misère, du désert,
A la fin pour rendre l’âme ?

Je ne rendrai pas mon âme à ce Dieu de négoce et de délinquance mystique
Je ne lui donnerai rien
Ni la foudre qui me terrassera
Ni l’absence d’oxygène
Ni l’intensité des mots tressés
Ni la houle de feu, ni la trace qu’on laisse derrière sa vie.

Je ne laisserai rien de la rencontre éblouie
Ni le goût d’écrire ressemblant les métaphores
Ni la colère, ni le son, ni la pourpre
Je ne laisserai rien.

Voici l’heure du chantage immémorial de la faucheuse
Le grand rassemblement d’être à son point de dispersion.

Je ne laisserai rien et j’accuse à l’avance les improvisations nécrophages
Les envolées métèques saluant mon départ.
Je ne laisserai rien et j’emmerde Rimbaud, Mallarmé et Breton.

Je ne laisserai rien, les flammes m’envahiront et je récuse la crémation
Je ne laisserai rien, le goût exquis de l’enfer, je l’ai vécu ici
Dans les flammes rougeoyantes de l’amour.

A quoi bon perdre son temps ? Faire de la poésie avec des formulaires ?
Transmettre l’excellence de bégaiements solaires ?
Crucifier le don…
Transmettre…

Noirceur, ton âme pâlit à la mort
Des visions malades
L’éclair blanc de la main collée au fil électrique dénudé
D’être maudit, d’être béni, de reconnaître l’orgasme athée
D’affronter Dieu et ses hauteurs béantes
Vérifiant sa toute puissance
A l’aune de la servilité.

La poésie doit dire quelque chose.
En secouant le verbe, en ravageant les substantifs
Dévoilement impudique, urgent, ténèbres
Intranquille.
Cesser d’être poignant pour être rebelle contre tous les systèmes.
En rupture contre tous les systèmes de la poésie.

Je ne laisserai rien et j’emmerde Aragon, Char et tous les autres
Je mourrai sans aphorisme, sans métaphore
Sans verbe ni adjectif
La mort est sans talent
Écœurante, primitive, sauvage, sombre, fièvre, flambante et humide
Sans respiration, malédictions, sanglots, illettrée, bohémienne,
Prophétie des vers…

Je mourrai à son ordre et sans Dieu, rage démente, mordante,
Ah cette morsure de l’amour tandis que j’écris
Branlant ton membre au dieu du souffle
La Diable enfin sort du bois
Engrosse la langue de sa fourche

Je renie les mots assassins des atrocités, des déchirures sublimes, des vies chastes
Je m’affranchis de tous.

 

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NICOLE BARRIERE

 

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nicolas rozier

Oeuvre Nicolas Rozier

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