Pour dire le chemin perdu qui va là haut sur le plateau des estives de ma petite enfance, la cabane de pierres de mon oncle, qu'il tenait de mon grand-père, et du grand père de mon grand-père, les ruines du buron où se rassemblaient dans les tintements des lourdes cloches les vaches rouges aux longues cornes.
La traite commençait tôt, il était juin déjà à l'été frémissant dès quatre ou cinq heures du matin, du fond de la vallée la Santoire faisait des zigzags dans les prés, sous le regard des vieux volcans éteints. Odeurs des réglisses frais, des racines de gentianes, des campanules, la terre respirait toute la montagne sous le repère de la "croix du gendarme ", les jeunes veaux courant derrière leurs mères, les chiens regroupant les troupeaux, les vachers affairés à préparer les grands bidons, les entonnoirs et les filtres, sous le regard étonné des ânes qui patientaient pour redescendre le lait encore chaud au village avant l'arrivée du camion citerne du laitier. C'était l'heure des vérités simples, je n'avais pas dix ans, mais je suivais impatience de l'enfance, les gestes de ces hommes dans les affaires des bêtes, le vent chaud sur les crêtes, là haut, les ruines d'une chapelle, et la légende des camps romains, les sources en guirlandes, les ajoncs, les grenouilles en grappes, puis avec l'été les framboises croquantes et les airelles noires. L'envol d'un rapace, les loriots, les salamandres dans l'eau claire et froide des fontaines à cette pierre flammes grises des flammes du volcan. Les vaches rouges, les tranches de pain avec le beurre et ce fromage cru pour comprendre que le vent donne à l'âme le sens du chemin.

 

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PATRICK ASPE

 

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Vallée de la Santoire 1830

Oeuvre Théodore Rousseau