en terre teranga
le fleuve pleure ce poème
que jamais je n’écrirai
et le sable de ton corps en mémoire du jeudi
tremble comme la flamme sabrée de la mèche


la ville s’écoule à l’embouchure des couleurs
dans le secret des palétuviers
entre les spirales de l’oiseau-voyageur
et la danse rocailleuse du muezzin
le silence s’enfonce rouge dans la nuit dénudée
ta voix émerge de la rumeur de la mer


il me revient ces chants anciens
nous les pleurions devant le lac de sel
avant de faire offrande aux dieux
et nous en aller sans nous retourner
il me revient ces visages multiples de bourreau
violant nos désirs menottant jusqu’à nos mots
pillant pillant l’oasis de l’âme
et nous contraindre à nous dessécher dans le désert
me reviennent les souffles emmurés de nos prières
frappées d’interdiction du prononcer
l’immense rêve de chacun de tes sourires
lait de vie que chaque jour tu partageais
et ces fleurs de sucre qu’ensemble nous allions cueillir
avant que ne disparaisse la rosée dans l’échancrure du matin
me reviennent ces invisibles étoiles brûlées
dans les neuf murmures de l’indicible
 

parce qu’en terre teranga
le fleuve pleure ce poème
que jamais je ne dirai
la flamme de ton corps tremble
comme le sable en mémoire du samedi
comme mon rire qui s’éloigne du midi


si seulement
si seulement je pouvais sans plus attendre
me glisser dans l’entrebâillement du minuit
regarder se disperser dans la soie de l’infini
les miettes de mon être
et les cendres retourner au limon premier
si seulement je pouvais me faire faiseur de rêves
et les peindre au pinceau de l’arc-en-ciel
pour effacer toutes les larmes du monde
si je pouvais ouvrir les portes de l’océan
et apaiser les tumultes avant même le fracas
si seulement je pouvais de mes mains
construire ce pont d’argile et de miel
qui défierait le temps et les armes
toutes les armes
si je pouvais lancer appel aux dieux
qui jadis nous regardaient
si je pouvais une à une
soigner au safran vert
chacune de tes meurtrissures
et te relever rayon de lumière
si seulement …


aurore après aurore le soleil te recrée
comme le diamant de toute goutte d’eau
dans la poussière ocre-rouge
que charrie le vent
en terre teranga

 

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VINOD RUGHOONUNDUN

 

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