Il y avait une rose. Une rose à deux tiges. Une rose rose. Andalouse peut-être. Ou venant de Blida. Une rose d'hier. Une rose sans pourquoi. Une rose de voyage. Une rose de demain. Une rose pendue au heurtoir de la porte qui ouvre sur le jardin et sur la rue peut-être. Une rose de naguère. Qu'on aurait arrachée d'un album, d'un bréviaire. Une rose comme celle-là ne s'arrache pas. C'est une rose de Blida qui n'appartient qu'à soi. Une rose de personne. Elle est partout chez soi. L’orange tout aussi bien. On sait qui mangera l’autre. Une orange a deux mains. Rose des sables a mille coupants. Mais non, pas de refus mais si dans ces demain, elle devait s'effriter. Une rose néanmoins. Et qui se pose là. Quelque chose d’orangé, comme ce cristal de sable en pétales d'orange. Une rose enjouée, dans ce désert d'orange… Et tout l’amour du monde parce qu’une rose des sables s’est posée un peu là. Il y aurait une orange, c'eût été aussi bien. Un hiver orange et une rose des sables. C'est sérieux le bonheur quand l'hiver est orange, que la rose s'est posée. Une rose à deux tiges. Sévillane peut-être, un rose de flamenco aussi ronde qu'une orange, cela ne s'oublie pas. Surtout si elle vient de Blida, tiges nues et pétales en orange. Il faudrait deux mains pour cette rose-là, pour tout l’amour du monde. Il faudrait le leur dire que la rose de Blida est un rose rose mais rose comme une orange. Mais ils le savent déjà.

 

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AMEL ZMERLI

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