Fès colline vibrante
déviant
horizon de fête
blanc torride
hors mémoire
de celui qui est mort
et celui qui mourra

 Fès vergers de l’âme
païenne
grenadiers
pampres
bigaradiers
fleurs de Ghombaz

 Fès un fou en quête de sa folle
chancelant entre les trémolos ultimes
d’un rebec andalou
et de fêtes sans rêve
de la genèse d’un soir instable
de caprices exilés
d’eau anonyme

 Fès de briques entrelacées
poncées
satinées
par vents lointains
Sang
s’amenuisant en moment furtif
par quatrains
et pâleurs matinales

 

Des murailles se tordant au creux de leur légende m'ont précédé au labyrinthe d’en bas. Celui qui vise à en détruire les grâces peut conquérir la genèse du tourbillon avec sa plus haute faculté, mettre le feu de la glaise à portée de mon délire, j’ai préparé la prestance de l’intérieur aux idées folles des ténèbres.
Vasques
bigarades
 feuilles solaires
se répondent dans le feu du doute, traversée pour la vision intenable, les pierres savent comment se rendre amies, ouvrant une porte sur l’univers qui se dérobe de derrière les plafonds bas pour surprendre les murs aux confins de la lumière. Ici les anciens composaient des panégyriques couvrant le monde, protégeaient leurs habitations avec la pureté de la misériorde, la sentence de l’éclair créait un jour propice aux champs de la poésie, aux platane surgissant du nombril du souk du henné, j’ai tracé des sillons que le fou laboure dans les vergers de la passion, tumulte de gémissements dans les passerelles de qui peut déterminer quelles pulsations ont couru dans la violence de son amitié .
Qui entend Fès célébrer Ibn Sulaymane
 ce jeune homme émerveillé
 par le pli de son turban
par un duvet
riant au-dessus des tempes
 un duvet rendant vigueur
à ce qui se love
entre les cuisses
Il referme le vestibule de son rêve
 et s’en remet à la mélodie de deux yeux gris
Il voit
les franges d’un nuage affairé
sur le mur de la maison
 il voit
un soleil qui cascade
sur les auges des norias
 et les domaines du chèvrefeuille
les colonnes rehaussant les mosaïques
 jusqu'aux mosaïques
jusqu’à la voûte des étoiles
Il voit
un grain de beauté le suivre
à travers les trous du voile
prenant plaisir à déchirer ses mains
Il voit
son sang
en rigoles de vent
Son sang,
 feu embrasant les vergers de ses paroles
Il sera le jeune homme amoureux des pierres
 pondéré
créant l’eau de son audace


...


Fès, de Fès s’est éloignée
Voilà que tu couvres le cercueil de pierre
de calligraphies coufiques
d’éclats de mosaïques
de complaintes andalouses
Te voilà devant moi
plus claire que la danse de la mer sur mon corps
tu traverses la clarté lunaire jusqu’au boutdes mots
tu es à l’étroit dans le soleil
comme je suis à l’étroit dans les ténèbres
Te voilà voyageant sur les planches de la splendeur
d’une éphémère
à la solennité d’une autre éphémère
outrepassant le mur de la lumière
sans en être éblouie
Te voilà pureté éteinte dans les carillons du rêve
espace écorché, orphelin
roulant dans le labyrinthe
Rire, pour les balançoires des martyrs
Rire, pour le marbre qui s’étire
jusqu’à un pseudo-ciel
qui rêve
Non

Ô feu qui désaltère le torrent des désirs
rejoins tes lits
déverse-toi
dans l’abreuvoir de mes langues

.

 

MOHAMMED BENNIS

Traduction Abdellatif Laâbi

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