Je crois à la mission de l’écrivain. Il la reçoit du verbe qui porte en lui sa souffrance et son espoir. Il interroge les mots qui l’accompagnent. L’initiative est commune et comme spontanée. De les servir - de s’en servir -, il donne un sens profond à sa vie et à la leur dont elle est issue.

Ce temps est loin, trop près.
Moi, Serafi l’absent, je suis né pour écrire des livres.

(Je suis absent puisque je suis le conteur. Seul le conte est réel.)

J’ai fait le tour du monde de l’absence. _ J’ai parlé leur langue - qui est leur proie, dont ils sont la proie - à mes semblables distraits,
à mes semblables pour lesquels je n’étais pas toujours leur semblable.
J’ai porté le poids de leur proie.
J’ai aboli, dans mes livres, les frontières de la vie et de la mort.
J’ai pris congé.

Tu ne te doutais pas, mère, qu’en me concevant, tu léguais au jour des feuilles de chair et de lumière pour toutes les phrases qui sont des tatouages que j’allais être appelé à défendre ; pour toutes les phrases qui sont des banderoles et des insectes.
Tu taillais, à vif dans le cri.

 

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EDMOND JABES

 

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Bernard Liegeois7,

Photographie Bernard Liégeois

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