Juste le temps de savourer, fugaces,
les framboises sauvages,
de humer l'odeur de sous-bois
Griserie de l'humus,
comme on retourne à l'origine

Juste un instant perdu dans l'immensité
Commencement et fin
Un bourgeon d'avenir
Un ciel d'exil
Nous, les nomades, infiniment tournons
dans la lumière de l'été
Il n'y a pas de port
Seul, ce soleil en point de mire,
cet incessant départ

Regarde s'éloigner la plage
où tu rêvas de vivre large
Ne reste que varechs,
quelques tessons sur le sable mouillé,
le goût salé des coquillages,
ou la blessure des rochers

La nuit peut-être affrontera le souvenir
comme un oiseau blotti
 qui craint de s'envoler

Juste un geste à jamais inscrit
sur les chemins d'aimer
Un sourire
Un élan
L'enfant viendra qui porte l'espérance
et tisse le destin
L'enfant viendra, et partira
Nul ne résiste au courant

Juste un sentier dans les broussailles,
le thym qui imprègne et délivre,
les pins après l'orage,
l'acidité des mûres cueillies sur les chemins,
et les nuits d'insomnie perforant la mémoire

La vie n'est peut-être qu'un songe,
en effet
On se réveille comme on peut
En guenilles,
Le coeur dépenaillé
On résiste
On fait feu
Mais il n'y a pas de victoire

Les parfums et les ombres
se déposent au fond des fleuves
Alluvions
Illusions
Restes pourris d'une existence
avec ses éblouissements
et ses ratés

Savoure l'être fou du monde,
le vent qui sauve de l'obscur
et qui ravage aussi
Respire en lui l'haleine du temps,
la marée chargée de brouillard
Tu as vendangé déjà tant de nuages,
engrangé tant de rires

Nos paroles vont à la mer
Elles sont cascades de silence
et s'éparpillent
comme les perles d'un collier arraché

Juste un peu d'horizon,
une caresse de velours
La pluie, au détour d'un visage heureux,
l'arôme du café en ce village que tu as oublié,
nos pas entaillés de cailloux
dans les taillis de l'âge

Une fenêtre ouverte sur les arbres,
une porte qui se ferme,
un abandon
On n'a pas fait ce qu'il fallait
On n'a pas su répondre
aux exigences du matin

Juste le temps de savourer le jour
qui tous les jours se lève
avec ses senteurs d'avenir,
quand tout s'échappe
et se noie dans la brume
On rajoute quelques épices
On mime la présence
pour oublier ce vide en nous qui gagne

Un éclat d'hibiscus,
Une joie, comme un météore,
la beauté de l'aurore,
juste un instant dans le temps dévoreur
Et c'est déjà fini

 

.



COLETTE GIBELIN

.

 

colette,,,