J'avance dans la nuit. J'écarte l'ombre et j'ouvre les étoiles pour y trouver la perle opaline. Les oursins se rétractent. J'ai désancré mes ailes pour un très long voyage. Je m'irise et je plane. L'espace jaillit de mon vol. Ne me rappelez pas dans vos terres obliques.
Volutes. Spirales. Enroulements. Je tourne et tourbillonne dans le lisse et le doux. Tendres torsions. Je m'évapore dans le vent. Je vais je ne sais où, dans le velours de l'aube ou la soie fragile du couchant. Je me dissous, m'éparpille, arc en ciel éphémère. Mouvances. Errances des fontaines. Je fluctue.
De murmures en frissons, les cris des oiseaux me rappellent cette insolence folle de la nature, facettes miroitantes, féerie fulgurante. Le battement de mon coeur s'inscrit dans le rythme du temps, et je migre jusqu'en ce lieu de toutes les coïncidences.
J'ouvre ce chemin dans le désert. Des palmiers fous soudain s'élancent et se balancent sous le grand vent des certitudes illusoires. J'avance dans le sable, caressant et frais comme l'océan. Toutes les cascades ruissellent sur mon corps, qu'elles brunissent de leurs mille miroirs. Le froid et le chaud se réconcilient. Mes corolles s'épanouissent.
Je rêve. Bien sûr je rêve et veux rêver. Que la neige illumine l'été en reflets de velours, que la chaleur soit tendresse et féconde la glace. J'invente la lumière et la musique des montagnes. Les couleurs exorcisent l'obscur en éventail de notes claires. Le jour et la nuit s'entrelacent, c'est l'éternité toute vive.
Et tandis que l'île d'harmonie tremble dans mon regard, j'oublie les démons de l'angoisse qui caracolent dans le noir.

 

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COLETTE GIBELIN

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Samantha Keely Smith

Oeuvre Samatha Keely Smith