Il vient de pleuvoir. La nature est fraîche, rayonnante; la terre semble savourer avec volupté l'eau qui lui apporte la vie. On dirait que le gosier des oiseaux s'est aussi rafraîchi à cette pluie : leur chant est plus pur, plus vif, plus éclatant, et vibre à merveille dans l'air devenu extrêmement sonore et retentissant. Les rossignols, les bouvreuils, les merles, les grives, les loriots, les pinsons, les roitelets, tout cela chante et se réjouit. Une oie, qui crie comme une trompette, ajoute au charme par le contraste. Les arbres immobiles  semblent écouter tous ces bruits. D'innombrables pommiers fleuris paraissent au loin comme des boules  de neige; les cerisiers aussi tout blancs se dressent en pyramides ou s'étalent en éventails de fleurs. Les oiseaux semblent viser parfois à ces effets d'orchestre où tous les instruments se confondent en une masse d'harmonie.
Si l'on pouvait s'identifier au printemps, forcer cette pensée au point de croire aspirer en soi toute la vie, tout l'amour qui fermentent dans la nature; se sentir à la fois fleur, verdure, oiseau, chant, fraîcheur, élasticité, volupté, sérénité !

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MAURICE DE GUERIN

 

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LARICCHIA VINCENZO

Oeuvre Vincenzo Larrichia