A Jeanne, noyée

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Tu neiges en écume sur les vitres du ciel
Un grand feu d'horizon
Fait que soeur Anne descent de la tour
Trois lys en main l'amour dans l'âme
La certitude au coeur d'un prochain retour

Le voilier prends les seins pour des toiles
J'interdis toute navigation comme adultère
Je dépêche vers toi des caresses d'ailes
L'oiseau qui vole battement de tes cils
La mer qui s'affale toi sur le lit du vent

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Je sens qu'il est un mot que tu me redis
Un mot qui me cerne au fond de moi-même
Un pampre vert d'où le raisin coule
Et cette caresse enfin marée souveraine
Que rien ne lasse et ne sait interrompre

A la surface une mouette au bec amer
Vient cueillir la semence épandue pour toi
La tempête évoque la fureur de nos chairs
Le beau temps nos corps l'un à l'autre confiés
La parenthèse profonde où nous dormions à deux

Les abeilles boivent à des calices de sel
Et capturent à leur miel des poissons d'or
Le naufrage est pour elles un vol qui se pose
Un oiseau qui se délasse avant de repartir
Un paquebot qui se sent pousser des ailes

...


Tu m'interdis l'image où tu serais toute
Je la cherche en vain dans la venue des mots
Dans les veines de ton corps j'étais île
Où le temps parfois s'en venait relâcher
Navire corsaire du butin des instants

Victorieuse de l'eau de l'air de la mort
Tu surgis de l'absence comme le chant du silence
Invisible tu viens repeupler le monde
Inssaisissable comme la marche des planètes
Dans le jour où l'oiseau te signifie

Incolore étoile pélerin que lejour dévore
A tes talons les herbages des nuées
Tu passes sous les  arches  du vide
Le silence à la bouche et le geste muet
Attendant de la nuit ta forme précise

...


Aux récifs des fleurs tu perles en gemme
Tu es le sel de la mort où me voici
Viendra la date de miel enrubannée
où je te pénétrerai dans le sel du monde
Où nous aurons pour lit la rondeur des larmes

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Je vais me taire  enfin pour que tu m'entendes
Je vais me taire pour que tu puisses parler
Pour laisser pleine voix à notre amour sous-marin
Pour mieux écouter la rumeur des coquilles
Et mieux me fier à ta mer au cours du voyage

La vie s'épanouit belle fleur du destin
Je me tourne vers toi vers la mer intérieure
Les yeux lavés par toi je vois enfin
Espoir du devenir baléare de mon coeur
Agenouillé vivre la mort mourir la vie

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MAX POL FOUCHET

 

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max

Photographie Kurt Arrigo