La mort est une illusion. On ne meurt pas mais on naît de différente manière. On naît dans le renouveau total, ce qui donne l'impression d'une rupture nommée mort. Chaque fois que le renouveau est profond, chaque fois que le renouveau est total, la mort est le premier mot qui vient pour décrire cette naissance radicale. La naissance radicale elle-même est une sorte de mort, c'est-à-dire un changement, une renaissance qui brise les limites stagnantes de la finitude, de la saturation. La mort offre à la conscience un voyage interne dans la conscience de la renaissance, dans la conscience de l'infini. La mort vient pour changer la saturation en promesse de renouvellement. La naissance qui ne désire pas la mort ne désire pas la plénitude. La conscience qui renie la mort est une conscience qui se replie sur la stagnation et la finitude, et qui, par conséquent, meurt sans renaître, elle meurt dans la négation de la renaissance, elle vit dans la mort négative. La mort réelle, celle qui répond sémantiquement et ontologiquement à ce qu’on désigne par fin de la vie, est la mort qui s’est limitée à la mort telle qu’on la conçoit tragiquement dans la finitude. Elle est donc une mort définitivement mourante, une mort définitivement dé-naissante, une mort définitivement périclitante et tragique.

Il y a la mort tragique et il y a aussi la vie tragique. Cette dernière se définit de la même manière que la mort dans ses limites résistantes. La vie tragique est celle qui nie la vie dans son ouverture renaissante, celle qui habite les eaux stagnantes et puantes de la résistance au renouveau. La vie qui s’est limitée fatalement à son idée terminale, à la négation de la renaissance, n’est pas différente de la mort qui s’est limitée à l’idée liminale de la mort. La vie en elle-même, la vie profondément assumée dans l’élan de la renaissance, ne saurait supporter la mort tragique qui est un pur mensonge sur la conscience qui devient, sur la conscience qui désire et se désire, sur la conscience qui pense et se pense, celle qui rêve, celle qui crée… Toutes ces facultés exceptionnelles et proposantes, toutes ces facultés foncières et transcendantes, qui sont propres à la vie pour la mettre sur la liminalité ouverte sont aussi celles de la mort. Il y a la mort qui rêve, il y a celle qui crée et désire. Il y a la mort qui se pense et qui voyage dans la conscience positive de l’ouverture.

La mort tragique est une illusion. La vie réduite à la mort est une illusion. Rien ne réduit la vie et rien ne réduit non plus la mort. Rien ne réduit la vie à la mort et rien ne réduit la mort à la vie. La réduction est une illusion. La réduction est une invention déviée, une fausse implication, une fausse intrication. Il faut vivre pleinement la renaissance pour transformer et la vie et la mort. Et surtout pour les situer toutes les deux sur le diapason de l’ouverture et de l’intrication positives, sur le diapason de la plénitude.

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© MONSIF OUADAI SALEH, 2016

 

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nath magrez

Photographie Nathalie Magrez