Monsieur,

Je ne suis pas agrégée de philosophie, je ne prétends pas apprendre à penser à mes contemporains et quand il s’agit de savoir si un garçon de vingt ans doit ou non déserter, je ne peux me référer ni à Hegel ni à Lukács. Vos collaborateurs ont d’ailleurs largement insulté à mon inculture, dans votre journal, pour que vous n’ignoriez pas la crasse de mon esprit. Tout le monde n’a pas hélas, comme les membres de votre gauche, les moyens de s’instruire aux frais de papa.

Seulement j’ai moi un fils de vingt ans. Alors vos théories et celles de vos satellites, qu’il s’agisse d’argent – alors qu’aucun de vous n’a jamais connu le prix d’une livre de pain – ou de désertion – alors que vous parlez des enfants des autres -, je veux bien croire qu’elles sont géniales. Mais mon domaine à moi, ce n’est pas le génie. C’est la vie. Vous en avez entendu parler ?

Parfaitement consciente de mon abjection, je vous prie de croire, Monsieur, au respect que je continuerai imperturbablement à vous porter.
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FRANCOISE GIROUD
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FRANCOISE GIROUD

Françoise Giroud