« Entre les roses noircies et ces traînées de bave orange hier encore capucines, un aster tend ses rameaux de fleurs fripées, tremble silencieusement, supplie ! Détresse pour détresse, il n’est pas d’abîme entre celle des plantes et celle des hommes. L’absolu d’une solitude les rapproche jusqu’à l’échange : j’ai vécu cette mutuelle pitié. C’est pourquoi j’entends l’appel à peine balbutié là-bas dans la bise. J’irai toucher les minces tiges mordues par le gel, je les caresserai comme elles avaient frôlé jadis l’épaule du rôdeur jeté dans un vertige de néant contre leur touffe moribonde. »

« J’obéis. Je retourne au pied du frêne d’autrefois. Je salue le large fût, la couronne de feuilles légères et de mésanges. Une fois encore, je caresse doucement l’écorce aux profondes gerçures, toute tigrée de mousse et de lichens. Et j’épie en vain pendant des heures sur la colonne qui se veut plus insensible que la mort l’apparition miséricordieuse d’un signe, d’un souvenir, du reflet d’un reflet, une touche de soleil un peu trop vive, la tache d’or que l’ombre n’abolirait plus. »

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GUSTAVE ROUD

 

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Mark Briscoe‎1,

Oeuvre Mark Briscoe