Ecrire,

c’est poser sur la mélancolie du miel.

C’est placer la ruche de vivre au cœur de l’abeille des jours.

Ecrire,

c’est se placer sous l’ombre latérale de la lune.

Invoquer sa puissance minérale.

Partager la ligne inconnue des étoiles avec les fourmis et les passants de l’herbe.

Ecrire,

c’est dire un monde qui hésitait à naître.

Il y a dans chaque ruelle du sens et des fragrances.

Ecrire est une femme d’argile.

Puissante et visionnaire.

Ecrire est un homme d’ambre.

Qui dans son silence détient la clef du passage.

Ecrire,

c’est pousser une porte.

C’est traduire la brume de l’âme.

Ecrire,

c’est entrer dans la fratrie des humains.

Partager le sel et l’ocre de la terre.

Partager la souffrance et le miroir d’une joie humble.

Partager l’intérieur avec la ligne d’horizon du grand imaginaire des hommes.

Ecrire,

c’est donner. C’est prendre.

Et restituer la parole dans un frémissement.

Ecrire,

c’est oublier des milliers de mots pour choisir le mot juste.

Celui qui ouvre le ciel dans sa densité et son mystère.

Ecrire,

c’est donner une chance à l’ange de demeurer dans l’intégrité du don.

Ecrire,

c’est la vie et la mort.

Le soleil et la pluie rouge.

Ecrire,

c’est pour chacun le lien précieux avec l’inventaire du temps qui passe

et la mémoire d’une vie.

Ni grande. Ni petite. Ni sublime. Ni insignifiante.

Une vie dans la lumière acquise et dans l’ombre redoutée.

Ecrire

est une pierre précieuse dans l’incarnation d’un tout petit caillou.

Qui contient à la fois l’humilité et le point-virgule de l’éternité.

 

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© PATRICK CHEMIN

(2013)

 

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