Tout au fond, le ciel lui aussi devient translucide comme si un blanc sédiment s’en était détaché, ou comme si le bras d’une femme couchée sous l’horizon avait soulevé une lampe : des bandes de blanc, de jaune, de vert s’allongèrent sur le ciel comme les branches plates d’un éventail. Puis la femme invisible souleva plus haut sa lampe; l’air enflammé parut se diviser en fibres rouges et jaunes, s’arracher à la verte surface dans une palpitation brûlante, comme des lueurs fumeuses au sommet des feux de joie. Peu à peu, les fibres se fondirent en une seule masse incandescente; la lourde couverture grise du ciel se souleva, se transmua en un million d’atomes bleu tendre. La surface de la mer devint lentement transparente ; les larges lignes noires disparurent presque sous ces ondulations et sous ces étincelles. Le bras qui tenait la lampe l’éleva sans hâte. Une large flamme apparut enfin. Un disque de lumière brûla sur le rebord du ciel, et la mer tout autour ne fut plus d’une seule coulée d’or.

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Je suis vert comme un if à l’ombre de la haie. Mes cheveux sont des feuilles. J’ai pris racine au milieu de la terre. Mon corps est une tige. Je presse la tige. Une goutte lance, épaisse, suinte de l’orifice de ma bouche, et s’arrondit sans cesse.

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Je frémis, j’ondule. J’ondoie comme une plante flottant dans la rivière, tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, mais solidement enracinée sous l’eau, de sorte qu’on peut s’en approcher sans crainte que le courant ne l’emporte. Et soudain, avec une petite secousse, je me détache comme un caillou se détache de la masse du rocher…Nous nous abandonnons au cours hésitant et lent de la musique, le flot de la danse est arrêté ça et là par des rochers ; il oscille, il s’entrechoque. Nos allées et venues sont enveloppées dans une seule grande figure de danse; elle nous unit. Nous ne parvenons pas à sortir de ces murailles hésitantes, abruptes, sinueuses, parfaitement circulaires.

 

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VIRGINIA WOOLF

 

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femmes

Oeuvre ?