« Même chose qu'avec la mer : solitude, solitude, solitude.
Les livres m'ont plus apporté que les gens. Le souvenir d'une personne pâlit toujours devant le souvenir d'un livre, - je ne parle pas des souvenirs d'enfance, non, que des souvenirs d'adulte !
J'ai mentalement tout vécu, tout saisi. Mon imagination court toujours devant. J'ouvre les fleurs encore en bouton, effleure de manière grossière les choses les plus tendres et je le fais sans le vouloir, je ne peux pas ne pas le faire ! Donc, je ne peux pas être heureuse ? "M'oublier" artificiellement, je ne veux pas. Ce genre d'expérience me dégoûte. Naturellement - je ne peux pas, mon regard, en avant ou en arrière, est trop perçant.
Reste la sensation d'une solitude totale, sans remède. Le corps de l'autre - un mur, il empêche de voir son âme. Oh, que je déteste ce mur !
Je ne veux pas du paradis, où tout est béat, aérien, - j'aime tellement les visages, les gestes, l'existence quotidienne ! Je ne veux pas de la vie non plus, où tout est si clair, si simple et grossier-grossier ! Mes yeux et mes mains arrachent involontairement les voiles - si brillants ! - de tout. »

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MARINA TSVETAÏEVA

 

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tham68,

Photographie Thami Benkirane

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