A Joël Rufino dos Santos

 

Je ne veux pas faire un poème.
Ce que je veux c’est allumer une étoile
pour alimenter l’espérance
de Joël, un camarade
prisonnier parce qu’il aimait
penser et parler,
raconter une histoire nouvelle,
celle dont le crime insupportable
est d’être simplement l’Histoire.
C’est une étoile faite d’amour.
Même si se multiplient ses rayons
qui déchaînent la révolte,
en son centre coulent des fleuves
de tendresse et de joie.
Mais qui aurait dit, Joël,
qu’un jour l’amour de cette patrie
aurait un goût de fiel.
Que cette étoile serve de cri :
un cri d’homme, qui se dresse
comme une épée et comme une rose.
Qu’elle serve de pluie et de repos
dans l’obscurité de ta cellule,
où ne contient ni ne parvient
la chanson de la lumière du jour.
Qu’elle serve d’herbe et d’aurore
pour le chemin des enfants.
Qu’elle serve de danse et de jouets,
mais qu’elle serve avant tout
de milice d’émeraudes,
qui pénètre lumineuse
les forces obscures de la peur

.

 

THIAGO DE MELLO

In « Chant de l’amour armé »

.

goxwa

Oeuvre Goxwa