J'ai interrogé les poutres voûtées par l'endurance des siècles
qui soutenaient les fermes robustes des terres vaillantes
la mémoire encore valide du chêne
veille étincelante sous les mortiers
opalins des temps nouveaux

l'odeur savante des murs gorgés de vies paysannes
sentent l'étable qui abritait le duvet de la vache
porteuse de la particule du noble métayer
oh combien de bouses écoulées
pour isoler le cœur de la métairie des tempêtes chaotiques

nombre d'arbres sacrifiés
sur le parvis des hivers affamés
pour réchauffer la ferme clinique
les mères se consolaient avec le seul cri du nouveau-né
que la sablière sentinelle au-dessus
de nos robots ménagers
se souvienne des actes d'amour
qui attisaient le feu de la cheminée

a-t-on essuyé la sueur de la vielle charrue
pour asseoir sa conteuse botte de foin
fièrement préservée afin de se repaître de la présence de aïeux
tant de vestiges fermiers nourrissant autrefois
des bouches nombreuses à la louche généreuse
désormais sonnent le recueillement

à chaque pied de village
parce que la racine germée au cœur de la vigne
nous rappelle la première cuvée de la récolte d’espérance
et les vieux traînant leur canne en guise d'un joug d'antan
qui veille en témoin au grenier de l'histoire
en rentrant chez eux s'assoient remontent le temps et revivent
l’atmosphère allaitent leurs premières ardeurs
dans les étables jouissives
les vieilles granges désertées
par les bêtes s'engraissant des caresses de la sainte-herbe
pour s'offrir en force à la paysannerie

prends-y garde
à la sève du pommier
qui coule sur les vers des souvenirs
et narre pour nous l'angoisse de la lèpre
qui a ôté la vie des paysans massés par l'infortune
prenant leur sort par la bride
qui les conduit à la sépulture
sacrés villages

j'ai essoré la dureté des cloisons qu'on a bâties
pour remonter le cadran donnant l'heure à l'usure du jour
j'ai restauré la fresque du feu peinte
à la suie du châtaignier avec le temps
qui n'a pas peur de la gelée blanche des printemps humides
sans laquelle la force du paysage flétrit
et l’expressionnisme de Saint-Yrieix-la-Perche
s'écaille dans les carrières mémorielles

partout à la campagne les pierres me saluent
moi l’étranger africain ouvrant grand les bras
à ce pays arédien
je succombe à l'éclat souriant de la roche
qui croque toutes les lumières rebelles de l'été
alors les peuples bergers se retrouvaient aux sources communes
de la clémence pour la sauvegarde de la trace des pas résistants
il chantaient la pluie le soleil
l'amour de la terre
celle qui me donna un jour nouveau

 

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KAMEL YAHIAOUI

 

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Leon-Augustin-Lhermitte2

Oeuvre Léon Augustin Lhermitte