Où va le monde lorsque son épine dorsale traficote la faim, tricote la famine, lorsque les minarets deviennent des miradors, quand la farine cache des fusils, les cendres encore chaudes la puanteur des bombes, les herbes odorantes du thym empoisonné et le ventre des femmes des fœtus déjà prêts pour la guerre, les bras ouverts comme des balles. Cette façon qu’ont les radicaux islamistes de vouloir la mort des autres ne peut conduire qu’à la guerre. Cette façon de croire à la science dénuée de morale, cette obsession pour le pétrole et la technologie ne peuvent conduire qu’à la faim. L’objection commerciale qu’il oppose à ses rêves fait de l’homme un esclave. Cette façon de croire aux dieux, à l’argent, aux négoces, à l’accumulation inutile des choses ne peut qu’inventer des frontières et séparer les hommes. Dans un peuple de délateurs, nous en sommes venus à craindre le regard de l’autre. Il ne suffira plus de déféquer dans un cul de sac, de pomper du sang dans un charnier, de faire du paraître un vêtement de vie, mais de trouver une âme à notre humanité perdue.

Quand un enfant s’immole par le feu, il ne s’éteint jamais. Serrant la main de la mort, l’homme s’égare dans l’ambition des riches. Il a perdu son cœur au fond d’un porte-monnaie. Dans ce siècle hygiénique, il faut apprendre à se salir les mains, porter le placenta jusqu’au vent des abîmes. On ne pardonne pas les doutes et les angoisses. Je m’en fais une peau et des ailes d’oiseau. Attendant de rejoindre la camarde bretonne où logent Guillevic, Orveillon et Graal, j’offre au ventre affamé les syllabes du pain. On trépane le monde qu’on recoud à la hâte. On ne fait pas l’économie de vivre sans y perdre son âme. On ne fait pas l’économie du rêve sans arthrose cérébrale. Il n’y a pas de lésine dans le monde des quasars. L’homme armé tue déjà ce qu’il est. Ce ne sont que des larmes dans la rosée des barbelés, des colchiques amers dans les pâturages du malheur, des tendresses blessées dans les faubourgs du sang. Quand on ne sert pas la vie, c’est à la mort qu’on sert. On s’asservit au négoce des patrons. Quand il ne restera plus qu’un verre d’eau se partageant la soif, il faudra bien trouver la source, refaire le monde, chercher dans l’ombre la lumière.

 

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JEAN-MARC LA FRENIERE

 

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Bernard Liegeois

Photographie Bernard Liegeois