« devant vous je me dénude/doigt/par doigt/ongle par ongle/peau »
Maram al-Masri

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J’ai connu la beauté jusqu’au saisissement, tenté de dire l’affleurement des choses, leurs muettes émergences, sans savoir où allait le vent. Quelle vérité de la chose nue ? L’émotion exige de trouver séjour, d’avoir lieu. Les mots, bien sûr, affluent, mais écrêtés, affadis ou prescrits. Il faudrait laisser advenir leur déflagration par l’orifice jusqu’aux lèvres, lave pure, sécrétion rouge ardent avec glaise et lichens, marais spumeux où fermentent les formes, creux, tours et prêts de langue ? Comment être là ? Là où ça source, au « lieu païen » : quand tu brosses tes cheveux, ondoyante généreuse, ton linge et peignoir près de toi, et que la lune baignée d’aurore, sa caresse halo d’idiome te font chair aimantée, rosissant d’un cri d’oiseau ; quand ça ruisselle sur ton encolure tes seins et qu’une mousse parfumée glisse en bulles sur ton ventre qui halète ; que ton rire les brimbale, claires vénielles, à ton Y trempé, féminin et velu ? Rien ne troublera plus le choc de ta lumière, le toucher de nos doigts, les fastes de l’instant. Pourrais-je ne croire qu’à l’ossement la ruine tandis que tu t’avances d’un obscur si proche, glèbe, eau fraîche d’été, corolles, sillonnée de joie comme un jardin jet et vasque jasants ?

 

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FRANCOIS LAUR

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Oeuvre Francis Picabia