Jetons d'absence
Olga Katz, ma mère, juive polonaise, morte à Auschwitz. Parfois les sombres vents venus de Pologne, me ramènent l'odeur maternelle. Une odeur de peaux, de dents, de crânes, de tibias, d'omoplates carbonisés. Alors je pleure comme un enfant dans le noir.
Absent à moi-même, je descends et monte les rues sans identité. Rue Pelleport,
rue Etienne-Marcel, rue des Abbesses, rue François 1er ...
Quand un flic m'arrête brutalement, c'est, forcément, qu'il m'a pris pour un autre.
Un autre que j'ignore, et qui m'effraie.
Plus de vingt ans après on me torture toujours. Course du rat à travers la chambre.
Mais où ont-ils caché la gégène.
Rien! Les Aurès coulent, mince et muette poussière, entre mes doigts couverts de bleus
J'ai aimé Françoise d'amour fou. Elle avait quinze ou seize ans. Elle est morte de leucémie le jour de pâque. Pourriture aujourd'hui, et moins que ça. Je ne peux plus toucher une femme sans toucher l'os mortel, nauséabond déjà.
Je ne posède rien sinon quelques gadgets de base. Je n'habite nulle part. je défraie la chronique. Je dors dans des ruines chaque nuit renouvelées. dans la position du tireur couché, qui, depuis Sodome et Gomorrhe, cherche, en vain, la cible vivante.
Brouillards
Brumes
Corbeaux
Epouvantails
Silences
sang
Sueur et
Larmes.
Il n'y a plus de damnés
Au numéro que vous avez demandé.
Cette nuit les cadavres flottent
Entre deux eaux.
Le plat du jour
Se mange froid
Et le commun des mortels
Se contemple
Commettant un meutre ordinaire
Avant de rafler le pauvre argent.
Olga Katz
Un nom gravé dans le marbre.
J'essaie d'imaginer
La cuisse, la couleur des yeux.
L'absence est un film d'OZU,
Aux sous-titres illisibles.
Olga Katz
Etait lettres.
Comment toucher le flanc
Le sein gonflé de lait
Cette nuit la chaîne est brisée
Auschwitz
J'y suis allé
Je n'ai rien vu.
Des barbelés
Une herbe rase.
Des touristes coréens turbulents.
J'en suis revenu
Les mains vides.
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ANDRE LAUDE
In "faire-part" n°1er trimestre 1982
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Oeuvre Isaac Celnikier