Attendez, je n’ai pas dit mon dernier mot ni déchiré tous mes livres, il me reste un cœur fugitif qui chevauche une langue inespérée, un verbe escaladé au petit jour, des secousses d’images dans ma nuit végétale. Attendez, je n’ai pas salué tous les hiboux silencieux de mes forêts, ni bu le sang bleui de mes vampires, l’or de ma mémoire scintillant sur la lande endormie. Non je n’ai pas épuisé toutes mes barques du désir ni bu l’alcool de chaque vigne, je n’ai pas exploré toute l’exactitude des heures ni relevé tous les axes du soleil. Je veux m’allonger encore sur cette herbe glacée près de mes spectres bienveillants, père blessé, mère soumise, ô fantômes dansant dans la respiration de l’aube, je veux dire merci à ceux qui m’aident à porter le fardeau, mes présences de cristal, mes lampes au vent, mes voyageurs sans boussole, ô mes splendeurs quand je tombe à chaque doute, le souffle traversé par le chant et le tumulte de l’univers.

 

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BRUNO RUIZ

2016

https://brunoruiz.wordpress.com/

 

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