Nous avons sur nos mains tant de caresses qui attendent, de beaumes contre les gerçures de l’ennui, d’anneaux invisibles pour le secret de quelques passantes. Elles s’envolent quelquefois dans une volée de doigts sur quelques touches de piano pour des musiques aériennes qui nous protègent des silences trop pesants. Nos mains connaissent la tiédeur des corps et la pression des hanches. Elles cherchent d’autres mains pour des adieux douloureux, se ferment dans les songes de nuits polaires. Elles s’écorchent contre des murs pour le mal vivre de nos adolescences, se mouillent de larmes pour la joie de quelques retrouvailles et leur sueurs dans nos poches humides se cachent à des pudeurs qui envahissent d’impossibles rencontres. Oui. Nos mains sont pleines de gestes illisibles qui vont à la rencontre de mains qui nous désirent.

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Nous ne vivons que d’inachevé, de diamants sans cesse retaillés, de tendresse en équilibre sur le fil de nos jours. Nous polissons les pierres de nos mémoires avec des langes que l’on retrouve par hasard dans un vieux coffre, un couffin oublié, et dans nos veines rechantent des paysages de mûres et de groseilles, immarcescibles et ardents comme l’inconsolable absence de nos pères, la fulgurance d’une chant qui n’en finit jamais avec les anciennes étreintes. Et tandis que des clochers lointains sonnent l’heure des convalescences et du renouveau des sèves et des sables, on les apprivoise comme le va-et-vient furtif des passereaux affamés autour d’une mangeoire.

 

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BRUNO RUIZ

 

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veronique guirimand,

Oeuvre Véronique Guirimand

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