À l’âge de Guérin (14), à l’âge de Deubel (15),

un peu plus vieux que toi, Rimbaud (16)anté-néant,

parce que cette vie est pour nous trop rebelle

et parce que l’abeille a tari tout pollen ;

 

ne plus rien disputer et ne plus rien attendre,

et couché sur le sable ou la pierre, sous l’herbe,

fixer un regard tendre

sur tout ce qui deviendra quelque jour des gerbes.

 

Fixer un regard tendre ! Tendresse de l’absence,

dans le Néant, Néant auquel je ne crois guère !

Mais est-il plus pure présence

que d’être à toi rendu, ô Mère douce, ô Terre ?

 

On se retrouvera tous dans ta solitude,

et peuplée, et déserte ainsi que l’océan.

Et chaque fois qu’ici haut soufflera le vent du sud,

en bas l’on causera des survivants.

 

Quelles racines de fleurs viendront alors nous boire

pour calmer dans le soleil telle soif de fruits ?

Se pencheront sur nous les héliotropes du soir

et viendra prendre de nos secrets le Bruit.

 

Le Bruit, le Bruit humain – vaines rumeurs de coquillages

pour les marins endormis du sommeil de la terre !

Le Bruit, le Bruit humain, toujours le même à travers les âges

et qui ne se dépouille que chez les morts d’un peu de vos misères.

 

Mais déjà je sens l’odeur de la poussière

et des herbes ; déjà j’entends l’appel de ma fille ;

ah ! Pour peu que l’Oubli n’ait pas cerné vos yeux de terre,

songez quelquefois à nous dans nos grottes tranquilles !

 

Et que ce ne soit pas pour verser des larmes

près de nos portes closes par le silence !

Que ce soit pour penser qu’il y aura quelque charme,

un jour, à être guidés par nous dans la fin immense.

 

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JEAN-JOSEPH RABEARIVELO



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phil charp,

Oeuvre Philippe Charpentier