J'aurais beaucoup à dire
Ce qui remonte de la nuit
Ce que le jour te jette à la figure,
les traînées rouges du ciel entre les branches
Et toi, n'osant bouger pour ne pas déranger
cette splendeur fugace
J'ai quelquefois si mal de toutes ces ferveurs

Que faire de l'absence, qui grandit,
qui déploie ses ailes miroitantes
imprègne le langage
Je pourrais dire la fascination de l'inutile,
l'aimantation du vide

Je pourrais même dire le besoin de parler,
comme on crache,
comme on urine
et l'âpre nécessité de se taire
parce que rien, jamais, n'aboutit,
rien n'atteint l'aube suffisante

La voix se déroule comme un fil,
ânonnant les renoncements, les regrets,
les cèdres argentés dans les forêts d'Ifrane
La voix pleure et chante,
attendant la Parque,
ramassant les cailloux,
dérisoires cadeaux de la vie

 

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COLETTE GIBELIN

Editions du Petit Véhicule, 2016

 

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cèdre-gouraud-1930,