A Rachel

 

Je voudrais te parler à bouche perdue
Comme on parle sans fin dans les rêves,
Te parler des derniers jours à vivre
Dans la vérité tremblante de l’amour,
Te parler de toi, de moi, toujours de toi,
De ceux qui vont demeurer après nous,
Qui ne connaîtront pas l’odeur de notre monde,
Le labyrinthe incertain de nos vies mêlées,
Qui ne comprendront rien à nos songes,
A nos frayeurs d’enfants égarés dans les guerres.
Je voudrais te parler, ma bouche contre ta bouche,
Non de ce qui survit ni de ce qui va mourir
Avec la nuit qui déjà commence en nous,
De nos vieilles blessures ni de nos défaites,
Mais des étés qui fleuriront nos derniers jours,
Et j’ai tant de choses à te dire encore
Que ne serait pas assez long ce qui reste de mon âge
Pour raconter de notre amour les sortilèges.
Je voudrais retrouver les mots de l’espoir ivre
Pour te parler de toi, de tes yeux, de tes lèvres
Et je ne retrouve plus que les mots amers de la déroute.
Je voudrais te parler, te parler, te parler.

 

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ALBERT AYGUESPARSE

1-04-1900 – 28- 09-1996.


Extrait de " Les armes de la guérison "

 

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