Recroquevillée dans ta solitude, l'amie, tu replies doucereusement tes flammes sur l’hameçon d’un cœur froid tel un voilier qui amarre, capturant timidement la sensualité insipide du mauvais port.

Ravagée par les serres rapaces des aventures grossières enivrées de goujateries, ta colère sonne l’hymne pesant du temps qui se brise sur le temple où sèchent tes prières. Tu chantes et bouges d’illusions, vibrante et attendrie comme une pitié sacrée. Les amours sont d’essences mortelles quand l’idylle est contrefaite ; ainsi, d’irréel en réalité, de lumières en ténèbres, tes soleils tombent en ruine et tes tendresses s’effritent. Par passion d’aimer encore en guise de lutte, tu tentes alors l’ultime recours qu’est le refuge dans les alvéoles de la poésie, encore te faut-il la certitude de vouloir la rattraper à force de chavirer dans les rivages cédés aux mensonges mille fois démentis. Mais quoi trouver de beau sous les oripeaux d'une chimère sculptée en gargouille ? Que de furtives ironies de glaces sur un feu impur éjectant des étoiles d’asphalte dans un ciel dépeint.

Et pour mieux porter ta douleur, tu chantes tes maux dans un exotisme stérile. Dépouillée de ton innocence, tu souffres affreusement bien en te faisant l’objet absent d’une idylle mesurée en désirs, maintes fois trompée par les manuels douteux des traditions et de la sottise. Tu veux partir mais où aboutir ? Jusqu’à te reposer au bas de la porte du trépas, tu traînes ta vie comme une hémorragie qui saigne de toi d'un bruit de cuivre furieux alors que tes quinquets sont allumés d’un immortel soleil dont hélas, tu fuis les éclats, sans laisser ses clartés filtrer les larmes de tes propres rayons. La déception t’étreint et verse en toi ses baisers pour te spolier de tes derniers flirts. Et dans tes longs cheveux noirs interdits comme une rivière en crue roulent les eaux d’une triste tempête. Seules tes larmes sont à toi avec leur intérieur où tout se meurt doucement. Pourtant tes nuages n’ont pas d’âge et te sont à portée de main, il t’appartient de reformer ton destin.

 

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DJAFFAR BENMESBAH

 

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Oeuvre Djaffar Benmesbah