« Moi, Olga Orozco, du fond de ton cœur je déclare à tous que je meurs.
J'aimais la solitude, l'héroïque durée de toute foi, l'oisiveté dans laquelle grandissent d'étranges animaux, des plantes fabuleuses, l'ombre d'une grande époque fluant au milieu des mystères, des hallucinations, et aussi le petit tremblement des bougies à la nuit tombante.
Mon histoire est là dans mes mains et dans les mains de ceux qui l'ont tatouée.
De mon séjour il reste les magies, les rites, quelques dates usées par le souffle d'un amour inhumain, l'épaisse et lointaine fumée de la maison où nous n'avons jamais vécu, et quelques gestes dispersés parmi les gestes d'autres gens qui ne m'ont pas connue.
Le reste s'accomplit encore dans l'oubli. Le malheur œuvre sur le visage de celle qui se cherchait en moi comme dans un miroir de souriantes prairies et qui te paraîtra si bizarrement étrangère: ma propre apparition condamnée à être ma forme en ce monde.
Elle aurait voulu me garder dans le dédain ou dans l'orgueil, dans un dernier instant aussi fulgurant qu'un éclair et non dans ce tumulus incertain où j'élève ma voix rauque et éplorée dans le tourbillon de ton cœur »

 

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OLGA OROZCO

Traduction de l’espagnol argentin Claude Couffon

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