Mardi 13 mars 2012

 

 "Cela remonte à mon enfance. Une voix comme une écume d’or. Cette voix était un pays. Une île au grand soleil et qui tendait la main au monde. Je ne savais pas encore qu’elle s’appelait la Jamaïque. Je ne savais pas encore qu’elle s’appellerait aussi Bob Marley et qu’elle aurait des locks pour amarrer la mer. En ce temps là on demandait au coiffeur une coupe « Belafonte ».

 

On ne disait pas Harry Belafonte. On disait Belafonte, comme si ce seul nom symbolisait toutes nos échancrures, tous nos rivages et toutes les beautés. Nos cheveux étaient du sable fin que redessinait la vague de la voix. Grande voix ! Belle voix ! Quelque part aux USA où suintaient tant d’étranges fruits, cette voix apportait l’onguent d’un réconfort. C’était la voix des îles qu’aucune douleur n’a jamais su faire taire.

 

Et puis j’ai rencontré cette voix tout au long de ma vie. Je l’ai croisée quand elle avait brisé l’écume pour épouser la houle d’une terre impossible. Je veux dire la terre de Miriam Makeba. La terre de Nelson Mandela vers laquelle convergeaient toutes nos protestations. Et dans ce jumelage où la musique sapait l’apartheid et le racisme, Harry Belafonte et Miriam Makeba donnaient au monde la plus belle définition de la beauté. A savoir une insurrection ! Harry Belafonte devenu Harry Belafonte. Un refus solaire ! Une exigence d’égalité ! Harry Belafonte confondait son chant au chant du monde pour rendre possible l’impossible. Il y avait tant de noirs à ramener dans le vaisseau de la dignité.

 

Par-delà les honneurs et les succès, toujours cette voix qui n’a rien perdu de son ensoleillement m’a réconcilié non seulement avec mes îles Caraïbes mais encore avec la noblesse d’habiter une cause.

 

Je l’ai croisée récemment cette voix. C’était sur Youtube. Je voulais égrener une nostalgie.

Je voulais aussi comprendre l’entrelacement de toutes ses terres qui sont aussi le monde noir : l’Afrique, les Amériques, La Caraïbe ! Elle m’a livré plus qu’une histoire une espérance !

 

Mon cher Harry. J’aurais aimé te dire ces mots moi-même. Mais quoi qu’il en soit, ils viennent d’un profond que seul comprend la mer lorsqu’elle fait de l’écume une légende.

Tu es une légende. Permets-moi de te dire simplement que la Guadeloupe t’aime comme un membre de la famille. Amour et Respect pour toi l’artiste !

 

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ERNEST PEPIN

Poète et romancier

 

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