*Que te trouves-tu ici, parasite impitoyable
qui n’as de cesse d’abolir toute vie en ces lieux ?

-Je ne me nourris pas de la sève de mes semblables
et tire exclusivement la mienne, depuis le sol.

*Le terrain vague laissé exprès pour nos caravanes
s’enlaidit de broussailles où tu règnes en seigneur.

-Je me dresse pour tous pouvoirs en contradicteur même,
les tenant à distance, ni subis ni exercés.

*Puisque tant de climats et latitudes te conviennent
d’où tiens-tu l’étrange don d’être partout à la fois ?

-Je pérégrine au centre de l’intense, sans extase,
à toujours mieux aimer nos prochains, de mes attributs.

*Je dois te détruire pour aménager cet espace,
rendre un tel lieu sinon agréable, au moins serein.

-A ma façon je préserve la nature sauvage
dont si je ne m’abuse tu fais toi aussi partie.

*Avec l’harmonie du monde tu es incompatible,
on aime rêver des paysages sans ton fléau.

-Je suis lierre mais plante, comme toi gitan mais homme ;
nos règnes ne sont pas face à face pour se tuer.
N’est-ce pas à toi aussi qu’est adressé le reproche
d’émerger d’on ne sait où sans justice ni raison ?

*Me voyant dans ce miroir que tu tends je prends conscience
des peurs insanes qui sourdent du plus profond de nous,
occupant tout l’espace de la pensée et du verbe,
d’où germent les regards détournés, les antipathies.

-En contributeur de l’atmosphère que tu respires
je suis nécessaire à l’oxygène pour ta survie.

*Rebelle à tous les pouvoirs existants ? J’en sais un autre
dont la route est maison, qui habite le mouvement.

-Nous avons mieux à faire que nous empêcher de vivre ;
d’allées prestigieuses nous sommes ensemble écartés.

En chœur :
L’un et l’autre générons de la beauté dans ce monde,
en artistes nous sommes également incompris
d’esprits et de cœurs sommaires, aux panurgiens réflexes
qui détruisent, décapitent, voudraient tout aplanir ;
en retour de nos élans nous ne glanons que sarcasmes,
gouffre de mésintelligence devenu normal…
Ô préjugés, ô paresse des idées toute faites :
ce que nous souffrons ici, nous le déplorons partout.

 

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HENRI-LOUIS PALLEN

www.lierreentravail.com

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