De toute chose ma mémoire
a nourri la parole ;
l'ombre de quelque flamme vivante
que son rythme annonce
depuis l'aube entre miroirs de miroirs
a nourri la parole.
Des mers d'ors troubles elle demandait à mes yeux
et des prairies exsangues où les journées appuient
les genoux de pierre
pour se dresser à nouveau pour respirer.
Plus tard dans les sourires de la pierre
elle cherchait entremêlés les visages des vivants
avec ceux qui ne meurent pas.

De toute chose ma mémoire
a nourri la parole,
et à l'instant de la main brève
et la fleur, devenu long, le chemin du chant,
avec le profil plongé dans mes années
proue qui casse et n'avance jamais
avec les vies et les morts
dans les multiples fluides de mon sang
a nourri la parole.

À celui que je n'atteins pas je parle à peine
mais à la fin du son
c'est comme si l'amour qui était divisé
se rapprochait un instant au centre de lui-même.

 

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 De toda cosa la memoria mía
ha nutrido la palabra ;
sombra de alguna viva llama
que el ritmo anuncia
desde el amanecer entre espejos de espejos
ha nutrido la palabra.
Mares de turbios oros reclamaba a mis ojos
y praderas ceñdas donde apoyan los días
las rodillas de piedra
para alzarse de nuevo a respirar.
Más tarde en las sonrisas de la piedra
las caras de los vivos buscaba entremezcladas
con aquéllas que no mueren.

De toda cosa la memoria mía
ha nutrido la palabra,
y en el instante de la mano breve
y la flor, se hizo largo el camino del canto,
con el perfil hundido en años míos
proa que rompe y nunca avanza
con las vidas y las muertes
en múltiples fluidos de mi sangre
ha nutrido la palabra.

A aquél que no alcanzo apenas hablo
pero al final del sonido
es como si el amor que estaba separado
se acercara un instante al centro de sí mismo.

 

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SUSANA SOCA

 

Œuvre poétique, © Sable, 2011, p.174-177
Traduction de Franck Ravail et Juan Alvarez Márquez

 

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memoire