L'herbe parsemée de violettes, un bosquet de lilas dont les grappes s'éveillent devant la masse armée d'un yucca; un jeune pêcher fleuri contrastant avec la haie de cyprès d'où surgit le profil du mont au sommet dardé vers le ciel comme un sein perlé de neige; un ravage d'oiseaux dans le feuillage des chênes, mordoré et cassant; une pie traversant le verger à hauteur de regard.

 

Vient aux lèvres un goût de roseau, le sifflement tremblé, le sang léger, la salive sur la langue d'un baiser.

 

Cette innocence abandonnée est celle d'un chemin dont il est dans l'ordre des détours de connaître les versants de ce monde, d'en accepter sereinement les dires inverses, de les fondre aux instants privilégiés, et d'oublier ensuite, sous une profonde couche de sommeil et de rocaille, le nouveau sentier apparu sans sa propre chaleur.

 

 

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PIERRE ALBERT JOURDAN

 

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violettes